#11 L’édito de la médiatrice

Un an de Covid-19 ​​​​​​​ 
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Confinement, épisode 3 pour 21 millions de Français et, immanquablement, à chaque annonce de mesures restrictives, nous recevons un abondant courrier. Des centaines de messages nous sont parvenus depuis hier soir, tous ont été lus, nous allons en détailler la teneur mais, avant cet examen minutieux, arrêtons-nous un instant sur la singularité et la permanence exemplaires des auditeurs de Radio France : ils aiment écrire à leur radio, par attachement comme on écrit à un membre de sa famille ou à une amie, par fidélité également. Des « liens radiophoniques » nourris d’une attente légitime, service public oblige, et d’une exigence impérieuse. Au fil des mois, cet engagement épistolaire ne faiblit pas, c’est même l’inverse que nous observons avec 222 658 courriels reçus entre le 17 mars 2020 et le 17 mars 2021, soit une hausse de 35,44% de messages, si l’on compare avec la même période pour l’année précédente.   
De nombreux messages étant quotidiennement publiés sur le site de la médiatrice, le taux de visites du site a également augmenté de 142% au cours de cette année.  

Depuis hier soir donc, les claviers chauffent pour traduire l’incompréhension, la colère, l’indignation, la perplexité et la lassitude que provoquent ces nouvelles mesures :  

« Après l’annonce d’un énième confinement par Jean Castex, l’auditeur a ressenti une énorme fatigue, une immense lassitude envahir tout son être, descente métaphysique que « l’Heure bleue » a quand-même réussi à freiner et stopper, « VeryGoodTrip » a réussi l’exploit d’inoculer à l’auditeur raplapla un super fluide musical énergique qui l’a remis d’aplomb vibratoire. Mission accomplie par « Very Good Trip » Merci. » 
 

Ce flot de messages nous offre un véritable panorama de ce que pensent nos concitoyens de ce confinement hybride. Il apparaît clairement que les auditeurs se posent de nombreuses questions et souhaitent de la part des antennes des propositions éditoriales très servicielles, « pratico-pratiques », pour répondre à leurs différentes interrogations. Parmi toutes les remarques et questions soulevées dans les messages envoyés ces dernières heures, cinq thématiques dominent. En voici le condensé :  


Un vrai-faux confinement 

« Chers Journalistes, si vous pouvez nous éclairer car je ne suis pas la seule à ne rien avoir compris au sujet du confinement. On peut télétravailler 4 jours et on est autorisé à aller travailler 1 jour mais ne sommes-nous pas confinés ? Et ceux qui ne peuvent pas du tout télétravailler vont-ils travailler ou auront-ils le droit d’y aller 1 jour par semaine. Bref qui travaille ? Qui ne travaille pas ? Je ne vois pas ce que cela change. De même pour s’aérer, je ne vois pas la différence. » 

« Auditeur fidèle, je suis assez surpris de l’absence totale de recul dans le traitement général du « confinement » 3, terme repris alors même que le Premier ministre ne l’a pas utilisé. Aucun journaliste pour s’étonner que ces « mesures massives de freinage » impliquent en réalité seulement la fermeture de petits commerces (…). Concrètement, l’enjeu est quand même que cela ne serve à rien, aggrave les choses et coûte cher aux petits commerces. Je me trompe j’espère mais la question aurait pu être au moins soulevée…» 

« Je ne respecterai pas le confinement » 
 
« J’ai tout fait. J’ai cousu des masques quand il n’y en avait pas, je les ai portés quand c’était déconseillé, j’ai réduit mon cercle de fréquentations à peau de chagrin, je vois à peine mes parents et plus ma famille, je suis Super Barrière, mais je ne respecterai pas ce confinement. Je n’ai plus aucune confiance dans les incantations du gouvernement. Je pense que je me protège mieux (et mes proches) que le gouvernement n’est capable de le faire. Donc j’assume de devenir hors-la-loi. J’aurais pu accepter un confinement strict avec des perspectives ; mais nous sommes en couvre-feu depuis 5 mois, je ne me confinerai pas pour être à nouveau en couvre-feu dans un mois. Tant pis. » 



Écoles : lieux de brassage  
 
« Puisqu’on laisse les structures éducatives ouvertes alors que l’on dit que c’est à l’intérieur qu’on se contamine, quand allons-nous vacciner le personnel éducatif qui prend donc tous les risques pour nos enfants… Et quand allons-nous vacciner nos jeunes qui sont ceux qui ont la vie sociale la plus importante (y compris donc à l’école). Que de paradoxes !!! » 
  
« Ce « confinement » évite soigneusement de défaire deux nœuds où des gens se rencontrent. Les enfants affluent tous les jours, quelques centaines de familles, et repartent chez eux en provoquant un brassage inévitable. » 
 
« Les écoles sont des plates formes de diffusion du virus par le biais des familles. Quelle utilité de ce confinement  »aéré » sans agir sur les écoles et collèges ? » 



Le départ des parisiens 

« Depuis plusieurs jours que l’on annonce aux parisiens ce confinement, ils ont eu le temps de préparer leurs valises… Combien sur les 21 millions confinés vont-ils prendre le train ou leur voiture pour passer le week-end en région et disséminer le virus et ses variants ? Le sait-on ? »  
 
 « Je viens d’entendre l’un de vos invités saluer le choix d’un confinement différencié entre régions. Il précise toutefois que le message envoyé aux régions moins touchées est  » faites attention, soyez vigilants. » Je suis complètement d’accord. Mais dans ce cas, comment expliquer la ruée vers la Bretagne qui se prépare ? Les trains sont pris d’assaut depuis hier. C’est un vrai problème et personne n’en parle. »  
 


Vaccinez plutôt que confiner 

« Est-ce qu’il ne faudrait pas vacciner massivement dans les villes où le taux d’incidence est élevé plutôt que de confiner de façon aveugle toutes les villes d’un département ?  Exemple avec la Seine et Marne et les Yvelines où il y a une très grande disparité entre les grandes villes et les zones rurales ? Quelle est la logique de confiner des villages de 1500 habitants ? » 
 
« Au lieu de demander encore une fois des efforts à une population entière, pourquoi le gouvernement ne vaccine pas jour et nuit, ne remue pas ciel et terre, ne mobilise pas l’armée, cela coûterait bien moins cher que les aides actuelles ? » 


En ce début de semaine le vaccin AstraZeneca était LE sujet des courriels.  

« Si le vaccin AstraZeneca est arrêté, comment faire pour la seconde injection ? »  
  
« J’ai été vaccinée avec Astra Zeneca samedi dois-je m’inquiéter ?? »  
  
« Et pour les personnes vaccinées depuis peu avec ce vaccin, quelle est la conduite à suivre ? Faut-il reprendre contact avec son médecin pour voir si tout va bien ou attendre gentiment les complications possibles ? Personne n’a l’air de vraiment s’en inquiéter ? »  
  
« Est-ce que la seconde injection doit être faite avec le même vaccin de la première ? » 


Les rédactions ont multiplié les émissions et reportages pour répondre à toutes ces interrogations, la production des antennes est à retrouver ici.  

Sur Franceinfo on a appris à la mi-journée que plus de la moitié des Français (56%) ne veulent pas être vaccinés avec le vaccin AstraZeneca, selon un sondage Odoxa Backbone Consulting pour Franceinfo et le Figaro, réalisé à l’issue des annonces gouvernementales de ce jeudi. 51% des personnes interrogées pensent qu’il n’est pas aussi efficace et sans danger que les autres.  

Les Français interrogés restent très favorables au principe de précaution : 70% estiment que le gouvernement a eu raison de suspendre le vaccin AstraZeneca en attendant l’avis de l’Agence européenne des médicaments. Le feu vert donné ce jeudi pour reprendre les vaccinations avec ce produit ne semble pas de nature à rétablir la confiance : une petite majorité de 53% des interrogés estime que l’avis rendu établit clairement que ce vaccin est sans plus de danger et efficace.  


La réforme de la première année études de santé  


Depuis plusieurs jours, des auditeurs s’alarment de la mise en œuvre de la réforme des études de santé, qui vise à offrir une « seconde chance » à ceux qui échouent la première année. Mise en place à la rentrée 2020, la réforme a du mal à passer sur le terrain auprès de familles qui craignent d’en faire les frais en cette année de transition.   

« Je souhaiterais alerter sur le sacrifice d’une promotion d’étudiants en médecine alors que la réforme vient de prendre effet… C’est un scandale en pleine pandémie de sacrifier de nombreux étudiants brillants et travailleurs pour une réforme bâclée et mal appliquée… Une mère d’étudiante en colère et désarmée par le mépris et le déni. » 
 
« Je suis un fervent auditeur, vos émissions sont très pertinentes. Je souhaitais vous sensibiliser sur une aberration et une injustice que subissent les étudiants en médecine de cette année qui sont amputés de la moitié des places grâce à une réforme très mal préparée. Sans compter sur le manque d’uniformité sur le territoire, se rajoute l’aspect financier car les universités n’ont pas les moyens financiers d’ouvrir plus de places. Je pense que c’est un sujet majeur pour l’avenir de la médecine sur notre territoire ». 


Des parents d’étudiants demandent aux journalistes de se pencher sur ce dossier, détailléici. Redoutant un échec, de nombreuses familles songeraient à envoyer leurs enfants poursuivre leurs études à l’étranger, comme au Portugal ou en Roumanie, où ils sont sûrs d’avoir une place, selon un collectif mobilisé contre cette réforme.  

Avant le printemps 2020, les auditeurs nous suggéraient épisodiquement des thèmes de reportages qu’ils souhaitaient entendre sur les antennes. Dès le début du premier confinement cette pratique s’est ancrée dans leurs habitudes et depuis, chaque jour, ils nous font parvenir leurs idées, leurs souhaits d’enquêtes ou d’interviews. Quotidiennement leurs suggestions de reportages sont publiées sur le site de la médiatrice dans un espace dédié et surtout relayées auprès des rédactions qui peuvent s’en inspirer 


Premier anniversaire 

Le 17 mars 2020, le premier confinement débutait, plongeant la France dans une période inédite et bouleversante. Huit semaines d’un réel inouï, tragique, sordide, brutal, vertigineux et cruel. Le 17 mars 2021, toutes les antennes ont largement évoqué cette date anniversaire et nombre de fois les auditeurs ont entendu « Les un an », ce qui nous a valu une pluie de messages :   

« Faut-il vraiment rappeler que le pluriel ne commence qu’à deux ? La pensée semble parfois déserter le langage. » 
 
« Monsieur le journaliste, je vais de ce pas faire une séquence de grammaire à des élèves de huit ans sur « les un an » ! Maltraiter nos oreilles dès le début de la journée n’est pas aimable ! »   
 
« On fête, non pas « les un an » de cette merveilleuse expérience qu’a été le confinement (le vrai), on fête « le premier anniversaire » de cet événement planétaire totalement dingue qui n’a pas fini de nous éblouir. » 


Une année au cours de laquelle des centaines de scientifiques et médecins ont été invités sur les antennes. Régulièrement, des auditeurs nous demandent comment s’opère ce travail de sélection. Selon quels critères évalue-t-on la pertinence d’inviter un médecin ou un chercheur ? La notoriété est-elle un critère pour venir s’exprimer ? Demain, dans le rendez-vous de la médiatrice Matthieu Mondoloni, le directeur adjoint de la rédaction de Franceinfo et Olivier Emond, le chef du service sciences, santé, environnement et technologies répondront à 11h51 aux questions des auditeurs.  


Le mot de l’année 

Incontestablement, Covid est le mot le plus prononcé devant les micros et nous avons reçu des centaines de messages d’auditeurs furieux que l’on ne dise pas « la Covid » sur les antennes.  

Ce mot de l’année, un nom mutant de maladie adoubé par des fonctionnaires internationaux, n’arrive pas à se décider en français entre masculin et féminin. Un flottement linguistique, un genre incertain expliqué dans cet article  » Covid-19, le mot masculin et féminin à la fois » et qui exaspèrent les auditeurs :  

 « Il y a malheureusement déjà un an, on nous expliquait sur votre antenne que le mot Covid est de genre féminin. Le moins qu’on puisse dire, c’est que votre radio ne montre pas l’exemple à suivre ses recommandations. C’est bien dommage, car cela serait un bon témoignage de votre engagement à soutenir le bon usage de la langue française. Avec tout mon respect et encouragement pour votre travail remarquable. » 
 
« Pouvez-vous m’expliquer pourquoi un grand nombre des animateurs de radio disent « le » covid ? Diraient-ils également LE grippe et LA choléra ? Cela fait regretter que les bâtisseurs de la langue française n’aient pas eu la bonne idée d’inventer aussi le genre neutre ! » 
 
« Certains persistent à dire le COVID au lieu de la COVID. Ils ne savent pas faire la distinction entre le virus lui-même et la maladie qu’il provoque. Quand on parle du virus, il faut dire, le COVI19 et quand on parle de la maladie, la COVID19. Si, en anglais, ‘disease’ n’a pas de genre, en français, maladie est du genre féminin. C’est ainsi dans les langues latines. » 


Dans les échanges informels, Covid au masculin l’emporte le plus souvent et, selon les linguistes, l’usage fait la loi. L’Académie française recommande, elle, d’utiliser le mot Covid-19 au féminin en rappelant une règle simple : pour un acronyme c’est le genre du mot principal qui compte. Ainsi on dit et écrit « la » SNCF car il s’agit de l’acronyme de la « Société nationale des chemins de fer » et l’article s’accorde avec le genre du mot « société ».    
La difficulté avec Covid est qu’il s’agit d’un acronyme d’origine étrangère. Covid est l’abréviation du terme anglais « Coronavirus disease » qui se traduit par « maladie du coronavirus ». « Maladie » étant un mot féminin la règle devrait donc bien être d’employer le féminin quand on utilise le terme Covid.   
On parle de « la » CIA (Central Intelligence Agency) pour désigner l’agence de renseignement américaine. En français, « agence » est un mot féminin.   
Au Québec, bastion francophone d’Amérique du Nord, on utilise le mot Covid au féminin.  

Du côté des rédactions, des consignes particulières ont été données. A France Inter on privilégie l’emploi au féminin. A Franceinfo, la rédaction a décidé de conserver « le » Covid car c’est l’usage depuis le début de la crise et c’est ainsi que s’exprime le grand public. Un choix identique à France Culture : « Après discussion, nous avons décidé d’indiquer à l’équipe que nous privilégierions l’usage du masculin, sans nécessité toutefois de refuser la diffusion d’un reportage ou d’un interview dans lequel le féminin serait employé, explique Arnaud Bousquet, directeur de la rédaction, plusieurs raisons à cela, bien que la majorité ne fasse pas la norme dans les usages, il faut bien admettre que le masculin est le plus fréquemment et le plus naturellement employé, y compris par les médecins, les autorités et même les titres de presse. On ne voit ni n’entend jamais « 300 morts de la Covid »… Exemple, titre dans le Monde aujourd’hui : « Quels sont les lieux les plus à risque pour attraper le Covid 19 ?” Sur une antenne, il convient par cohérence de veiller à l’uniformisation ou du moins à l’harmonisation dans l’usage de la langue. On ne pouvait donc pas laisser chacun à son envie ou sa conviction. » 
A France Bleu, le choix est laissé libre par la direction.  

Autre reproche lexical des auditeurs, l’usage prolifique des anglicismes. Alors que s’achève dimanche la 26è édition de la semaine de la langue française et de la francophonie, les auditeurs nous écrivent inlassablement sur la mise à mal de notre patrimoine linguistique sur les antennes de Radio France. Ils ont donc particulièrement savouré, hier matin, sur France Culture, la chronique de Frédéric Says, « Pourquoi les anglicismes envahissent le langage politique » :  

« Bravo pour ce billet ! Malheureusement, le langage politique n’est pas le seul concerné. Tout langage oral et écrit est soumis à cette mode. Merci pour ce billet réconfortant. »   
 
« Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément. L’emploi d’anglicismes n’est-il pas également une défaite de la pensée ? Ne pourriez-vous pas davantage développer la dimension idéologique du choix des mots dans une prochaine chronique ? » 


Cet auditeur soulève ici un aspect essentiel du discours : « la dimension idéologique du choix des mots ». Que dire de la dimension symbolique de la mention unique du prénom afin de nommer un tyran dans une émission de radio qui lui est consacré ? Ce tyran en l’occurrence se prénomme Bachar, Bachar al-Assad, au centre de l’actualité internationale en début de semaine.    

Nom de famille : al-Assad Prénom : Bachar

Dix ans après le début du soulèvement contre le président Bachar al-Assad, qui s’est transformé en conflit dévastateur en Syrie, des milliers d’habitants de la ville d’Idleb ont battu le pavé lundi pour appeler à la liberté et à la « chute du régime ».  
Mais après une décennie d’un conflit ayant fait des centaines de milliers de morts, le régime de Damas ne vacille plus et a repris le contrôle de la majorité du pays.  
Cette guerre, entrée lundi dans sa onzième année, a fait plus de 388.000 morts, déplacé et poussé à l’exil plus de 12 millions de personnes, selon l’ONU, causant des destructions massives et dévastant l’économie du pays. Les manifestants ont scandé des slogans phares du soulèvement populaire qui avait démarré le 15 mars 2011, dont « Liberté, liberté, la Syrie veut la liberté »,  » Dégage Bachar » ou encore  » Le peuple veut la chute régime« .  
Après dix ans de tueries et de destructions, Bachar al-Assad se prépare à une élection présidentielle, cet été, qui lui semble déjà acquise.  

Il a donc été longuement question de Bachar al-Assad dans une émission lundi, le plus souvent nommé uniquement par son prénom.  
Réactions d’auditeurs :  

« Ce matin j’ai été frappée par l’utilisation répétitive du prénom du président syrien, Bachar al-Assad au cours de l’émission « Syrie : documenter dix ans de guerre ». Il me semble que cette utilisation est inappropriée pour parler d’un président. Elle crée de plus une sorte d’intimité affective avec la personne dont il est question. Il me semble plus approprié d’utiliser le nom de famille. Par exemple, pour parler du père et du fils Assad, il a été question de « Hafez puis Bachar », comme si c’étaient deux proches du locuteur.  J’ai noté que l’un des invités avait aussi utilisé ce terme, mais c’est un invité et pas un employé de votre radio, donc ses propos n’engagent que lui. »  

« Il me semble que Bachar est un prénom ? M. Assad vous semble aimable, amical, pour parler de lui par son prénom ? Je n’entends jamais, sur votre antenne, parler d’Angela, Emmanuel, Boris. »  

De même imagine-t-on une émission évoquant placidement Adolf, Vladimir Ilitch, Benito, Slobodan, Josef et Mouammar en lieu et place d’Hitler, Lénine, Mussolini, Milosevic, Staline et Khadafi ?   

L’emploi du prénom n’euphémise pas les crimes commis mais mobilise l’indignation des auditeurs. Ce glissement du patronyme au prénom opère en effet un déplacement du doute : pourquoi cette proximité ? L’appropriation familière du prénom dans le contexte codifié d’une interview suggère une marque de respectabilité et une présomption de légitimité au président syrien.   
Sur le fond, tout cet “archipel des tortures” est parfaitement évoqué dans l’émission mais sur la forme les auditeurs estiment en creux que « Bachar » humanise « al-Assad », « Bachar » gomme les connotations mortifères attachées à « al-Assad ». « Bachar » bannit le régime de terreur. En somme, la désignation par son unique prénom n’est pas neutre puisqu’elle serait propre à conférer l’acceptabilité du président syrien dans l’espace médiatique..  
Si l’interviewé est libre de nommer son « objet d’étude » par son prénom « Bachar » ce qu’il a fait lors de l’entretien, le journaliste, lui, en revanche doit savoir garder un positionnement distancié, ce qui, aux oreilles des auditeurs, à quelque peu manqué probablement dans cette émission. 
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Indignés en paillettes 

« Vulgaire », « pathétique », « grotesque », les adjectifs ne manquent pas pour qualifier la cérémonie des César version 2021, commentée par les auditeurs :  

« Cette soirée fut un naufrage. D’un ennui mortifère et d’une vulgarité sans précédent. Ce à l’exception de Fanny Ardant, Alain Souchon, Benjamin Biolay, Catherine Ringer et quelques jeunes acteurs. (…) Attention à ne pas trop blesser la vache à lait qui nourrit les artistes car la France est le seul pays d’une telle générosité avec les intermittents. Ce mot ne fait même pas partie du vocabulaire de la plupart des démocraties. Ne parlons pas des autres. Heureusement que l’audience a été catastrophique mais malheureusement les pires moments hantent les réseaux sociaux. Vive le cinéma ! Et patientons en attendant le vaccin, les beaux jours reviendront. En attendant, apprenons à maîtriser la frustration en restant humble et en zoomant sur le monde plutôt que sur notre nombril que certains ont bien vaste » 
  

Une cérémonie décortiquée par Sophia Aram lundi matin dans son billet intitulé :« On reste assis et on la ferme ». Une chronique assénant comme une claque cette question étourdissante de vérités : « Comment peut-on vouloir être essentiel aux autres quand on ne parle que de soi, de sa souffrance et de celle des siens au beau milieu d’une pandémie ? » et assumer « des coups de gueules en Gucci, de la “rebellitude” en Louboutin et des diatribes en Prada ». Bingo ! Les auditeurs ont adoré et c’est leur coup de cœur de la semaine :   

 « Merci, merci mille fois Sophia pour cette analyse tellement vraie. Un spectacle honteux vendredi soir. Heureusement qu’il reste des personnes comme vous. » 

« Bravo Sophia pour vos billets toujours bien ciselés et tellement intelligents.  
Je constate souvent qu’en quelques mots vous traduisez si bien ce que beaucoup d’entre nous pensent. Votre ressenti sur les César 2021 est tellement vrai et il y a peu de voix pour en montrer le manque de distanciation et de mise en perspective…  
Continuez à mettre tout votre talent au service de votre sens critique qui nous réjouit tant.  
« Merci et bravo pour votre chronique relative à la soirée des César qui a le mérite de remettre les pendules à l’heure. Le pseudo-monde de cette culture tellement nombriliste ne peut-il commencer par pratiquer la Culture de l’Humain qui lui permettrait d’élargir son horizon et peut-être d’envisager de créer des cagnottes pour les plus précaires ! » ​​​​​​​

Emmanuelle Daviet  
Médiatrice des antennes de Radio France