#21 L’édito de la médiatrice

Radiophoniquement vôtre 

Le pluralisme politique 

Le pluralisme politique est essentiel pour garantir à chacun une information politique diversifiée. À travers les interviews, les reportages, en donnant la parole aux acteurs sur le terrain, les rédactions de Radio France enrichissent le débat public, nécessaire pour nous éclairer, en tant que citoyens et électeurs. Cependant, régulièrement les auditeurs nous écrivent au sujet du pluralisme sur les antennes : 

« Je suis un auditeur fidèle et inconditionnel depuis très longtemps… mais… je me pose des questions sur le pluralisme et l’équité de cette radio en listant les invités dernièrement : 4 membres du gouvernement en 3 jours sur votre antenne » 

« J’aimerais savoir s’il n’existe que trois partis politiques en France : LR, LREM ET RN car votre radio ne parle pratiquement et exclusivement que de ces 3 partis politiques » 

« Ce serait bien qu’il y ait aussi un peu de pluralisme sur votre antenne » 

« Je suis un peu las d’entendre des invités du gouvernement d’« En marche », pouvez-vous me rappeler les règles concernant le temps de parole des formations politiques invitées ? » 

« Pourquoi invitez-vous autant de fois les mêmes, de préférence de droite extrême ou droite de la droite et du gouvernement, qui pour certains ne représentent surtout qu’eux-mêmes comme aujourd’hui » 

En matière de temps de parole, et donc de respect du pluralisme politique, les antennes de Radio France sont tenues de se conformer aux règles émises par le CSA qui applique la loi votée par le Parlement, conformément aux dispositions que prévoit la Constitution, comme le rappelle Jean-Christophe Ogier, Adjoint au Secrétaire général de l’information Radio France en charge des temps de parole sur les antennes :  

Le temps de parole des formations politiques hors période électorale 

« Hors période électorale, la règle aujourd’hui en vigueur remonte au 1er janvier 2018. A la suite de la dernière élection présidentielle et des élections législatives du printemps 2017, le CSA a pris acte du fait qu’il n’y avait plus, en France, une, mais des oppositions, largement réparties sur l’arc politique, à droite et à gauche. 

Par ailleurs, le CSA avait déjà considéré dans les précédentes évolutions de ses règles qu’il fallait aussi tenir compte des formations, minoritaires dans l’opinion, qui n’ont pas de représentant au Parlement, mais dont la voix doit être prise en compte dans le débat démocratique. 

Il en résulte que le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel demande à tous les éditeurs audiovisuels, publics comme privés, d’accorder sur leurs antennes un tiers des temps de parole politique à l’exécutif : le Président de la République, quand celui-ci s’exprime dans le cadre du débat national (pas quand il parle au nom de la France ; dans ce cas, on parle de temps de parole régalien), ses conseillers et les ministres et secrétaires d’Etat. 

Dans ces périodes de pluralisme hors élections, le reste du temps de parole politique doit être réparti de manière équitable entre l’ensemble des formations politiques, en fonction de leur poids relatif dans le paysage politique français. Il s’agit bien d’entendre tous les partis politiques, qu’ils soutiennent ou combattent les choix et décisions de l’exécutif, mais selon leur importance. 

Pour cela, il est demandé de tenir compte des résultats des récents scrutins, du nombre d’élus nationaux que les uns et les autres peuvent revendiquer et de l’importance des groupes parlementaires. 

Les antennes transmettent chaque mois au CSA les temps de parole relevés dans les journaux, les magazines d’information et les programmes. 

Le Conseil juge du respect des règles chaque trimestre. 

Le temps de parole des formations politiques en période électorale 

Lorsque les électeurs sont appelés aux urnes, le CSA détermine une période pendant laquelle les antennes doivent aussi respecter des règles spécifiques qui concernent les temps de parole liés à cette campagne électorale. 

Pour les élections départementales et régionales des 20 et 27 juin, la campagne, au sens CSA du terme, a commencé le lundi 10 mai. Elle dure sept semaines. 

C’est le principe d’équité qui s’applique, avant les deux tours de scrutin. La règle veut que l’on donne la parole aux différents candidats, aux listes et à leurs soutiens, en fonction de leur poids relatif sur le territoire concerné. Il convient donc d’évaluer cette équité en fonction du canton, du département ou de la région dans lesquels on observe la campagne. On doit prendre en considération les résultats des élections précédentes et l’animation de la campagne. Il est possible aussi de s’appuyer sur les sondages les plus récents. Aux antennes, alors, de juger la part d’antenne à accorder à chacun. Il n’y a donc pas d’égalité de temps de parole. 

Lorsque les propos tenus à l’antenne dépassent le cadre de ces territoires, il faut respecter la règle de l’équité entre les formations politiques que représentent celles et ceux qui s’expriment. Le CSA juge nécessaire d’accorder plus de temps de parole aux partis qui ont obtenu de meilleurs résultats aux scrutins récents et qui peuvent revendiquer plus d’élus. 

Les chaînes doivent transmettre chaque semaine au CSA, d’une part tous les tableaux de cantons, départements et régions qui ont été évoqués à l’antenne, d’autre part un tableau, dit « national » où sont relevés les temps de parole qui dépassent le cadre de ces territoires. 

Les équilibres doivent être tenus sur l’ensemble de la période de campagne. Pour la campagne en cours, avant le premier tour, du lundi 1O mai au vendredi 18 juin. Au soir du premier tour, on remet les compteurs à zéro. Pour le second tour, une nouvelle période de campagne s’ouvre le lundi matin 21 juin. Elle se terminera le vendredi 25 juin à minuit. Pendant les week-ends électoraux, les antennes ne sont pas autorisées à faire parler les candidats et leurs soutiens, pas plus qu’à rappeler les programmes et arguments des uns et des autres ou à rendre publics de nouveaux sondages. C’est ce qu’on appelle la période de réserve. » 

Tous les rendez-vous de la médiatrice sur les antennes cette semaine ont été consacrés à ces questions qui reviennent fréquemment dans les courriels des auditeurs s’interrogeant sur les règles en vigueur. Les rendez-vous sont à réécouter ici : France CultureFrance Inter et demain sur FranceInfo à 11h51. 

Outre le pluralisme et le temps de parole, d’autres constats et demandes sont formulés dans les messages. Les auditeurs souhaiteraient davantage d’éclairages sur les compétences des conseils régionaux et départementaux, plus d’analyses sur les programmes des candidats, et se disent assez peu intéressés par les sondages et les commentaires qu’ils suscitent.  

« Je voudrais par votre intermédiaire demander aux rédactions des informations politiques de répondre à la mission de service public à propos des élections qui approchent, et de l’élection présidentielle, qui est dans les esprits. Parlez-nous des pouvoirs et responsabilités respectifs des conseils régionaux, départementaux, interrogez les candidats sur leurs programmes. S’il vous plaît, ne nous imposez pas les petites phrases, les négociations entre partis, les rivalités. Ces sujets sont sur-traités ailleurs, ils dégoûtent beaucoup de gens de la politique, et passent sous silence l’essentiel, faisant des élections un spectacle, et des électeurs de purs spectateurs. Aujourd’hui, pas un mot des orientations des programmes, ce qui devrait être la seule chose qui nous intéresse, nous auditeurs, électeurs, administrés. J’ai bien peur que si nous continuons ainsi, le spectacle à venir ne soit un film d’horreur. Merci aux rédactions d’y prêter attention »  

« Je découvre qu’à l’occasion des élections régionales vous consacrez une partie du journal à analyser les enjeux de cette élection dans chaque grande région. Magnifique ! Car l’absence totale de campagne et d’analyse pour ces élections importantes me paraît toujours une aberration complète. Je m’attends donc à ce qu’on, et bien, analyse pour chaque région les enjeux de l’élection. Quelles sont les compétences de la région, sur quels sujets peut-elle intervenir, et qu’est-ce qui est le plus prégnant dans telle ou telle région ? Quels sont les enjeux locaux, en termes d’économie, d’écologie, d’enseignement, de milieu associatif, qui vont être des critères pour permettre aux citoyens de voter en toute conscience ? Qu’ont à proposer les candidats sur chacun de ces enjeux-là ?  
Au lieu de cela, j’assiste à une séquence navrante de commentaire sur les sondages. Je suis déçu. Est-ce que vous considérez que des élections sont comme une course de chevaux, où la seule chose qui compte c’est de donner des pronostics pour que chacun puisse miser sur le bon poulain ? Cette utilisation faite des sondages par l’ensemble des médias est une chose qui me dégoûte profondément, et j’attends (encore) de la part du service public de l’audiovisuel un peu plus d’intelligence et de sens de l’éducation populaire – ce que vous faites souvent très bien dans le reste de vos émissions, à mon sens.  
Je souhaiterais donc vous encourager à plus de vigilance et d’exigence sur le fond de vos contenus. » 

« A l’attention de tous les rédacteurs et animateurs des bulletins d’information de toute la journée :  
J’écoute avec intérêt votre radio depuis des années, à plusieurs moments de la journée. Cependant je suis véritablement déçue sur votre façon actuelle de traiter les élections régionales et départementales à chaque bulletin d’informations.  
En effet ce n’est que sondage, récit des guéguerres intestines ou entre partis. Que vous en parliez de temps en temps, je comprends mais à chaque bulletin, cela n’a aucun intérêt.  
En revanche vous ne dites pas un mot sur les compétences de ces institutions que sont les conseils départementaux et les conseils régionaux, sur leur importance dans notre vie à tous de tous les jours.  
Or il est navrant, mais c’est un constat, que les Français ne connaissent pas les compétences de ces institutions, alors qu’ils en bénéficient tous les jours et à tout âge !  
Les conseils départementaux c’est :  
– Le RSA  
– L’APA pour les personnes âgées  
– L’accompagnement des handicapés  
– L’accompagnement des mineurs non accompagnés  
– Les collèges (les bâtiments, les surveillants, les cantines, les halles de sport…)  
– Toutes les routes départementales que vous empruntez chaque jour  
– Les espaces naturels sensibles avec de nombreux sites protégés, aménagés et ouverts gratuitement au public
– Les plans des itinéraires de promenade et de randonnée  
– Les aides aux communes et aux intercommunalités pour la réalisation de leurs projets  
Etc.  
Idem pour les régions.  
Tous les départements et toutes les régions ne sont pas au même niveau pour chacune de ces compétences, et c’est justement là tout l’intérêt de ces élections et de la campagne électorale : que compte faire les candidats dans ces diverses thématiques pour faire avancer les choses ?  
C’est le rôle des médias d’être pédagogues et de rappeler régulièrement pendant cette période électorale le rôle et l’importance de ces institutions. C’est comme cela que vous arriverez à sensibiliser le public pour aller voter, au lieu de répéter à longueur de bulletin que le taux d’abstention va être important.  
Il est certain qu’avec votre façon actuelle de traiter l’information de cette période électorale vous ne donnez pas envie d’aller voter.  
Bien sûr vous n’êtes pas le seul média, mais faites comme le petit colibri, faites votre part et jouez votre rôle de véritable informateur. Je vous remercie de l’attention que vous aurez portée à mon courrier.  
Avec mes sincères salutations, électoralement vôtre » 

Précisons que durant les élections régionales et départementales, Radio France donne la parole à tous les acteurs de la démocratie afin d’aider les électeurs à comprendre les enjeux locaux et nationaux de ces élections. 

France Bleu et ses 44 stations locales organisent plus de cent débats sur l’ensemble du territoire et invite ceux qui le souhaitent à déposer des contributions et des questions sur la plateforme numérique  »ma solution ».  

Plus de 700 personnalités politiques sont invitées sur les antennes du groupe. Toutes les personnes têtes de liste seront présentes sur les antennes locales de France Bleu, mais aussi sur France Inter, Franceinfo et France Culture. Les chaînes proposent également plusieurs centaines de reportages afin de refléter au plus près la réalité du terrain et les préoccupations de nos concitoyens. 

Le déconfinement en terrasses 

Des concitoyens et des auditeurs qui ne décolèrent pas au sujet de la couverture du déconfinement. Ils ont continué à nous écrire après le 19 mai, estimant le traitement éditorial ultra citadin et trop parisien : 

« Depuis la réouverture des magasins et surtout des terrasses c’est encore la vie en ville qui domine dans les reportages. Terrasses agrandies et trottoirs rétrécis, bousculades, masques ou pas, consommateurs chargés de paquets… Et qu’en est-il des zones rurales sans café, sans magasin ou peu ?  Et oui, il y a en France des zones où les cafés sont à plus de 5 km etc. Quel intérêt d’en parler puisque rien ne change vraiment dans la vie de ces personnes. Ce serait peut-être intéressant d’évoquer ces situations, surtout à l’approche des élections départementales et régionales… Comme j’aimerais entendre des reportages sur le fond de ces enjeux électoraux, plutôt que d’entendre les querelles d’ego en vue des élections de 2022. Le monde d’avant aurait-il repris le dessus ? » 

« Bonjour, non, nous n’allons pas TOUS boire en terrasse…  Pensez aux agriculteurs, aux gens qui n’en ont pas les moyens, qui ne partagent pas ce mode de vie, à l’hôpital… Service public ??? » 

« Très parisien ce « retour à la vie ». Vous ne pensez pas que BEAUCOUP de Français vivent autrement… Très parisien définitivement… Triste. » 

« Il est INSUPPORTABLE d’entendre depuis des semaines parler des TERRASSES et particulièrement votre journaliste qui a osé dire « aller en terrasse comme NOUS TOUS » !!! Eh bien non, marre de ce parisianisme qui étend à la France entière son ressenti. » 

Les 100 ans de la radio 

Dès lundi prochain et jusqu’au 5 juin, Radio France célèbre les 100 ans de la radio. 

La radio fait partie de notre patrimoine, de notre histoire, de notre quotidien et, que vous soyez auditeurs de France Inter, Franceinfo, France Bleu, France Culture, France Musique, FIP ou Mouv’, vous avez été nombreux à répondre à notre appel pour témoigner de ce que ce média représente pour vous, dans votre vie de tous les jours, quel moment de radio vous a marqué, ému ou bouleversé : 

« Allumer la radio, c’est se laisser surprendre, par ce que quelqu’un est en train de me raconter, de m’expliquer. Écouter Radio France, c’est s’interroger sur le monde comme il va, s’ouvrir sur le monde, sans se laisser enfermer dans la pensée simpliste imposée par l’algorithme d’un moteur de recherche. Allumer la radio, c’est écouter de la philosophie, de l’histoire, de la géographie, de la spiritualité, de la science, de la littérature, de la musique, de l’art, et se transformer en son for intérieur. » 

« La radio, média de proximité par excellence. Faire passer une émotion uniquement par la voix, une véritable magie se crée entre l’auditeur et celui ou celle qui parle. Orson Welles disait qu’il préférait la radio au cinéma car l’écran est beaucoup plus grand. En voiture, à la maison, dans la rue, elle accompagne à tout moment, et reste associée aux grands moments de notre vie. Événements sportifs, politiques, naissances, décès, elle est un marqueur fort qui restent associés aux changements dans notre vie.  Elle est le lien qui relie, une aide sur la route, une oreille précieuse dans les libres antennes, une compagnie dans la solitude. Je me souviens de la première fois que j’ai entendu la météo locale sur France Bleu avant d’aller à la plage, une nouveauté sur Mouv’, ri à une blague de Daniel Morin. La voix sérieuse de Nicolas Demorand dans la salle de bain, le rire de Charline Vanhoenacker en sortant du travail, les délires d’Eric et Quentin dans le Grand Urbain, le ding ding du jeu des mille euros en mettant la table, une découverte musicale sur France Musique, le Masque et la Plume dans mon salon en buvant un verre de vin le dimanche soir. C’est tout cela la radio, un média magnifique, tellement plus intime que les autres. Bon anniversaire la radio ! » 

Comme l’écrit Hervé Glevarec, directeur de recherches au CNRS : « La radio est un cadre de la mémoire, cadre de la mémoire culturelle des années qui passent, cadre de la vie quotidienne qui inscrit les auditeurs dans l’actualité de leur temps ou sert à reconfigurer les différents temps sociaux, privés ou familiaux pour l’essentiel, de la journée. La radio est une affaire de temps, de temps qui passe. ».  

Ce temps qui passe est subtilement évoqué par les auditeurs et, en écho à leurs messages, chaque directrice et directeur des antennes de Radio France évoquent ici les atmosphères de studio, le son des voix connues ou anonymes, leurs souvenirs de radio, de l’enfance à cette année 2021, date du centenaire de ce média qui nous relie tous. 
​​​​​​​- France Inter –
« Mes relations avec la radio ont mal commencé. J’avais 5 ou 6 ans au début des années 60. Le poste était énorme et il m’était totalement défendu de toucher au bouton qui réglait l’aiguille amusante circulant à la recherche des fréquences. Ma mère et mes « grandes sœurs » se regroupaient régulièrement le soir (tous les soirs ? chaque semaine ? je ne sais pas) pour écouter les « Maîtres du mystère ». Et moi j’étais terrorisée. Avant même d’entendre (et d’ailleurs dès que les préparatifs commençaient, ma mémoire l’imaginait) l’horloge du générique, j’étais prise de panique. J’aurai dû quitter la salle à manger, mais je brûlais de participer à la communion si forte de ma famille toute féminine. Même suçant mon pouce, les genoux de ma mère surtout attentive à suivre l’émission, ne me rassuraient pas. Probablement que les histoires devaient aussi me captiver. Je ne m’en souviens d’aucune. Et je n’ai jamais songé à en rechercher une en replay… qu’est-ce que je crains ? la même peur, la déception des histoires ou de pleurer en revivant ces moments d’enfance ? »

Laurence Bloch, directrice de France Inter : « Mon plus grand souvenir de radio est une série des « Nuits Magnétiques » sur France Culture produite par Alain Veinstein et Laure Adler qui surent inventer une nouvelle écriture radiophonique bien avant les radios dites libres. Cette série s’intitulait « Aux Etoiles éteintes « et elle était consacrée aux massacres des Tutsi par les Hutu au Rwanda.
Elle fut fabriquée, quelques mois seulement après ce génocide, par Madeleine Mukamabano, journaliste à France Culture et à RFI dont nombre des membres de la famille avaient été eux même assassinés.
Dans le grain des voix des familles de victimes, dans les silences, dans les seules intonations s’exprimaient l’horreur de ces mois de massacres.
L’indicible nous était proche et les étoiles éteintes nous parlaient.
La radio était le lien entre les vivants et les morts et c’était bouleversant. » 
 – Franceinfo –
« A l’occasion des 100 ans de la Radio, je vous demande de bien vouloir féliciter toute l’équipe de Franceinfo qui est ma compagne quotidienne depuis de nombreuses années. Je tiens à dire qu’elle m’est aussi indispensable que l’air que je respire. Grâce à elle non seulement je m’informe de façon fiable mais, ce qui est pour moi au moins aussi important, je me forge mes propres opinions dans bien des domaines où les différents intervenants éclairent ma lanterne. Un grand merci donc à tous ceux qui participent à cette belle aventure médiatique, et… « Longue vie à Franceinfo !…” » 

Jean-Philippe Baille, directeur de Franceinfo : « La radio, c’est d’abord l’intimité d’un studio, la chaleur d’une voix, la magie d’un direct. Une sensation étrange quand la lumière rouge du micro s’allume, un gigantesque saut dans le vide lorsqu’on s’adresse pour la première fois à des auditeurs, les autres fois aussi… C’est d’ailleurs le plus grand mystère auquel nous devons faire face : combien sont-ils derrière le poste ? Qui sont-ils ? Est-ce que ce que mon intervention est compréhensible ? Suis-je écouté plutôt qu’entendu ? 
Questions existentielles pour tout journaliste de radio. » la suite de la Lettre de Jean-Philippe Baille est à lire ici

– France Bleu  –
« Je voudrais vous remercier pour le super travail des équipes de Radio France au quotidien. Étant passionné de radio, je suis un auditeur régulier de France Bleu Alsace et parfois FIP et de temps en temps France Inter ou Franceinfo et tout récemment France Musique. J’aimerais vous dire simplement que vous êtes formidables et extraordinaires et que j’aime beaucoup vos émissions et que les chansons diffusées font parfois du bien au moral surtout en cette période. Alors viiiiive la radio ! »  

Jean-Emmanuel Casalta, directeur de France Bleu : « Enfant, c’était Radio Monte Carlo qui résonnait à la maison, sur 1400 m GO…  Lorsque je n’étais pas à l’école, je pouvais suivre « La Récréation », présentée par deux animateurs mythiques de la radio, Jean-Pierre Foucault et Léon, qui participaient par leur simplicité, leur proximité avec les auditeurs, leur accessibilité, au succès de la radio du sud de la Loire. Pourtant, ce n’est pas tout à fait mon premier souvenir de radio. Car il n’est pas audio mais visuel ! Comme si c’était hier, je me souviens de la première fois où je suis rentré dans le grand studio de Radio Monte Carlo à Marseille, au dernier étage d’un immeuble blanc et moderne, orné d’un énorme et lumineux logo rouge et blanc de la station du soleil. Je devais avoir quatre ou cinq ans, et je n’ai rien oublié de la couleur des fauteuils et de la moquette, des cendriers sur la table de bois, de l’immense console derrière laquelle officiaient les techniciens, et surtout des micros accrochés aux bras qui sortaient de la table ! »   La suite de la Lettre de Jean-Emmanuel Casalta est à lire ici

– France Culture –
« Depuis le début de ma vie active, il y a plus de quarante ans, j’écoute France Culture dès que je le peux. Maintenant, je suis retraitée et je l’écoute plus encore. Au réveil, les actualités me relient au monde. Dans la journée, je me nourris de philosophie, d’histoire, de littérature, d’art, de sciences…Le soir, la radio me berce parfois d’une pièce de théâtre, d’un roman, d’un entretien.  
Sa compagnie discrète me permet d’exercer mes activités diverses (travaux ménagers, artistiques, transports…). La radio m’apporte du plaisir, du bien-être, des connaissances, de la réflexion, des arguments, des envies de lectures, de sorties. Avec la radio, pas de conflits, de rivalités, de compétition. Une intimité, une pénétration immatérielle, une jouissance intellectuelle et même spirituelle. Avec France Culture, une longue et fidèle amitié pour les journalistes et leurs invités.  
Une énorme dépendance aussi, mais une addiction sans dangers, sans risques sauf celui d’en être privée, ce qui m’arrive rarement. Vive la radio publique ! Merci à tous ! » 

Sandrine Treiner, directrice de France Culture : « Je me rappelle les postes de radio. Je me rappelle square Servan c’était un meuble imposant comme une armoire en bois marron, de la marque Schneider, je crois. Enfants, on ne pouvait pas atteindre les boutons même sur la pointe des pieds. Je me rappelle il était dans le petit salon où mes grands-parents Zolt jouaient aux cartes 
Je croyais qu’il datait de la guerre, que c’était un poste de résistance pour écouter la BBC. 
Je me rappelle chez mes grands-parents Treiner rue des Pyrénées, il était dans une petite pièce qu’ils avaient en plus, dans leur appartement modeste, où étaient aussi les livres et les disques. » La suite de la Lettre de Sandrine Treiner est à lire ici

– France Musique –
« Bonjour, vous n’imaginez peut-être pas le nombre de personnes seules qui vous écoutent chaque matin c’est en effet mon cas et, ainsi, je fais peu à peu mon éducation musicale je vous dis donc un grand merci ! » 

Marc Voinchet, directeur de France Musique : « Un souvenir de radio, c’est un souvenir de soi. C’est minuscule et géant. Un souvenir de radio, c’est du lointain au creux de l’oreille. Souvenir d’un moment, d’un lieu, d’une émotion, d’un rire, d’un apprentissage, d’une peur ou d’une colère, la radio est un journal intime. Il nous décrit en même temps que l’événement qu’il nous rappelle. Se souvenir de la radio est un souvenir de nos rêves. Un souvenir de radio, c’est un autoportrait, sans feuille ni crayon. C’est un réduit immatériel, un parfum, un goût. Un souvenir de radio, c’est une promesse. Le souvenir de radio est un sablier infini. » – FIP –
« FIP ! J’aurai 56 ans dans 5 jours … tu as bercé toute mon enfance et bien plus encore. Tu as été présente depuis ta création et, à part une escapade du côté des radios libres à l’adolescence, tu es LA radio de ma vie ! Tu es encore à mes côtés aujourd’hui. Je me souviens encore de l’évènement familial qu’a été le passage en stéréo ! Tu es la première chose que j’entends le matin et la dernière en me couchant. Tu es un repère rassurant, une ouverture sur des cultures musicales que je n’aurai pas abordées sans toi. Tu es un membre de ma famille ! A toutes les heures, dans toutes les pièces de la maison, dans la voiture (bon pour la SDB, j’ai dû me résoudre à écouter France Info depuis la disparition récente des Flashs Info, dont les meilleurs étaient ceux de la première heure avec un esprit critique et synthétique que je ne retrouve pas ailleurs). Ah, le réveil de 7 h avec une si douce voix qu’on est moins chagrin de devoir se lever ! Ah, les infos « embouteillages » qui désarmaient l’agressivité sous-jacente de l’automobiliste de base … Nostalgique du jingle « jazz à FIP » je suis … Ma FIP, si familière, si rassurante (surtout dans le contexte actuel), si chaleureuse, tu fais partie de ma vie. Merci d’exister » 

Bérénice Ravache, directrice de FIP : « Cinq siècles après l’invention de l’imprimerie qui permettait à tous de voir le monde à partir de la lecture de caractères alphabétiques, le génie humain a inventé la radio qui permet à tous de voir le monde avec les oreilles. La lecture et la radio ont en commun de faire appel à l’imagination et à la créativité, elles obligent le cerveau à reconstituer des images, à être inventif, à participer activement à l’événement. Tout le bonheur irremplaçable de la radio vient de là : elle ne propose pas d’image, elle n’enferme pas l’imagination, elle lui ouvre la cage. S’il existe un paradis, nul doute qu’Edouard Branly et Guglielmo Marconi y déjeunent en terrasse avec Johannes Gutenberg. 
La radio a 100 ans mais pour moi, la date qui témoigne une fois pour toutes de sa puissance est celle de l’Appel du 18 juin. Grâce à la radio, une foule d’anonymes a pu commencer à imaginer la possibilité de la victoire contre le mensonge et la barbarie. » La suite de la Lettre de Bérénice Ravache est à lire ici

– Mouv’ –
« Bonjour Mouv, Merci d’exister ! Vous êtes vraiment une super radio ! Et pas que pour le style de sons que vous passez… Pour la qualité de la team et pour les sujets variés que vous abordez. Happy year to all the team » 

Bruno Laforestrie, directeur de Mouv: « Nous sommes en 1997 à l’hôpital gériatrique Charles Foix d’Ivry sur Seine. Au fond d’un parc, un petit bâtiment accueille des personnes âgées en long séjour, souvent atteintes de la maladie d’Alzheimer, qui n’ont aucune idée de la scène qui va se jouer quelques mètres plus loin.  Après avoir dépassé la salle commune vide à cette heure tardive, sur une porte, un écriteau, l’Espace FM rebaptisé depuis peu Générations. La porte s’ouvre sur un local d’une cinquantaine de mètres carrés avec une régie de radio et un petit studio. Changement d’ambiance, on ressent une effervescence. Ils sont venus de l’Ile de France mais aussi de Marseille. Combien sont-ils ? Que s’apprêtent ils à faire avec leur feuille à la main ? Tout simplement un des plus grands freestyles de l’histoire de la radio. Une joute oratoire, un défi d’éloquence sur des beats (rythmes) lourds et lancinants. »  La suite de la Lettre de Bruno Laforestrie est à lire ici

Pierre Weill quitte France Inter 

C’est l’une de voix historiques de France Inter, quarante-deux ans que les auditeurs l’écoutent, de la matinale au « Téléphone sonne » en passant par « Résonance », « C’est demain la veille » et « Partout ailleurs » et après douze années passées comme correspondant à Jérusalem. Lundi, Pierre Weill présentait son dernier journal après une carrière exceptionnelle à Radio France commencée en 1979 ; une carrière teintée d’une grande modestie, de l’élégance de la discrétion et d’une vibrante passion pour ce métier. Autant de qualités relevées par les auditeurs, très nombreux à réagir à l’annonce de son départ : 

« Je profite de ce dernier journal de Pierre Weill pour lui dire qu’en tant qu’auditeur de France Inter de longue date, il va me manquer (comme probablement à plein d’autres auditeurs). Je n’ai pas pour habitude d’écrire ce genre de messages, mais dans ce cas-ci, j’en ai ressenti l’envie et le besoin. Je sentais derrière cette voix calme et posée, chaleureuse et rassurante, un journaliste à l’éthique exemplaire, humble et passionné. »  

« Bonsoir Monsieur Weill ! je suis désespérée d’apprendre que je ne vous entendrai plus sur France Inter ! …vous faites partie de ma famille…j’étais ravie quand ces dernières années vous remplaciez vos talentueux collègues…J’aime beaucoup votre professionnalisme, votre retenue, sauf quand il s’agissait de parler rock…là votre passion vous ne pouviez pas la dissimuler !…vous allez me manquer terriblement…je vous souhaite une retraite heureuse – c’est bien la retraite…j’y suis depuis 2 ans donc je vous comprends…mais ce sera dur sans vous et votre élégance…je me permets de vous embrasser affectueusement. » 

« J’appréciais particulièrement chez ce journaliste agréable à entendre, un calme et une certaine douceur et son absence de prétention » 

« Juste un petit message chaleureux à Pierre Weill que vient de prendre sa retraite et que j’écoutais depuis plus de 30 ans avec toujours un très grand plaisir. Humilité, quête des faits, curiosité, respect pour les invités et les auditeurs, fidélité au service public et à ses valeurs, et grande connaissance du rock (!), ce qui ne gâte rien ! Je le remercie sincèrement pour tous ces bons moments » 

 « Les larmes aux yeux je lis l’information que Pierre Weill quitte France Inter (pour une retraite bien méritée !) … Je me montre là bien égoïste, mais France Inter sans Pierre Weill n’aura plus pour moi le même goût, la même couleur, la même chaleur. Retrouver la voix, la manière d’être au monde et d’interviewer son prochain de Pierre Weill c’était approcher de très près les plus beaux aspects de l’humanité. France Inter nous offrait la proximité avec une telle personne et c’était un réconfort inestimable dans ce monde brutal et grossier. Comme cette qualité d’âme va nous manquer ! Cher Pierre Weill, MERCI pour tout ce que vous nous avez donné, offert. Finesse, délicatesse, subtilité, sincérité, chaleur humaine… ce fut reçu 5/5 ! Que votre vie soit douce et belle, les auditeurs et auditrices comme moi vous sont tellement reconnaissants.  
Une auditrice les larmes aux yeux mais qui se réjouit de vous savoir parti pour une nouvelle tranche de vie tournée enfin vers vous qui avez tant donné aux autres. » 

« J’ai appris avec beaucoup d’émotion le départ de Pierre Weill, que j’entends et écoute sur France Inter depuis bien longtemps. Je voulais lui passer un message chaleureux de remerciements, pour son professionnalisme et la passion de son métier que j’entendais dans sa voix. C’est un homme qui m’a touchée car il me semble, je l’ai vu évoluer dans son métier, dans sa manière de prendre la parole et d’être à l’antenne. Cette évolution est très émouvante je trouve, d’humanité, de maturité, peut-être de remise en cause, et de plaisir enfin à être à l’antenne… merci infiniment, je suis un peu triste car j’aimais beaucoup le retrouver ici ou là ces derniers temps, toujours « au taquet » comme disent les jeunes, passionné de musique… Bonne retraite Monsieur Weill, merci infiniment. » 

« Bonne retraite Pierre Weil un immense journaliste !!!! Une voix inimitable, tellement dans mon cœur et dans mes oreilles pour toujours, merci Pierre. »  

« Merci, Monsieur, pour ces journaux, votre voix a rythmé tant de moments de ma vie que vous faites, comme beaucoup de France Inter, partie de ma famille. »  

« Notre foyer ne résonnera plus de votre voix rassurante, et votre pondération nous manquera assurément. J’ai eu la gorge serrée en entendant vos adieux. Ne pas vous connaître et sentir vos émotions si intensément… la radio est un lien magique. Nous vivons dans les bois, en Périgord, volontairement éloignés des trépidations urbaines. Les ondes contribuent à nourrir notre réflexion sur les sociétés humaines, les journalistes qui la nourrissent sont nos yeux. Vous n’avez négligé aucun angle et nous permettez d’être des observateurs et acteurs éclairés et heureux. » 

Pierre Weill a reçu des centaines de messages d’auditeurs. Nous lui avons bien sûr fait parvenir chacun d’entre eux. Avec son autorisation, nous partageons ici, avec vous, les mots qu’il nous a ensuite adressés : 

« Je suis totalement bouleversé par ces messages si nombreux, si chaleureux. 
La Radio crée un lien que je ne mesurais pas. 
Ces messages sont merveilleux !!! 
Je n’ai pensé qu’aux auditeurs pendant 42 ans pour les informer au mieux. 
Quelle récompense ces messages ! 
Ma vie a eu un sens quand je lis ces mots d’auditeurs. 
Ils ne me quitteront jamais !! 
Vous n’imaginez pas comme je suis ému. 
Merci !! » 

Pierre Weill a qualifié tous ces messages des auditeurs de « trésor absolu ». Les mots sont incontestablement le plus beau des cadeaux, immatériels, inaltérables, inoubliables. 

Emmanuelle Daviet 
Médiatrice des antennes de Radio France