#36 L’édito de la médiatrice

« Derrière la clameur de la victime, se trouve
une souffrance qui crie moins vengeance que récit »

Paul Ricœur

Le procès des attentats du 13 novembre 2015 

Des « kamikazes » au Stade de France, des terrasses de bars et le Bataclan mitraillés, un carnage en plein Paris… la justice française a ouvert mercredi et pour neuf mois le procès des attentats jihadistes du 13 novembre 2015, les plus meurtriers commis dans notre pays depuis la Seconde Guerre mondiale.   

Ce procès constitue la plus grande audience criminelle jamais organisée en France. La cour d’assises spéciale doit juger vingt accusés, dont le Franco-Marocain Salah Abdeslam, le seul membre encore en vie des commandos téléguidés par le groupe Etat islamique qui ont fait 130 morts et plus de 350 blessés à Paris et Saint-Denis.  
Cette nuit d’horreur a profondément traumatisé la France et la couverture journalistique du procès suscite de nombreuses questions de la part des auditeurs, questions parfaitement légitimes auxquelles nous répondons ici. 

En premier lieu, des auditeurs s’interrogent sur la pertinence de couvrir l’intégralité du procès prévu pour durer neuf mois : 

« J’apprends que vous allez feuilletonner les procès des attentats du 13 novembre chaque jour pendant neuf mois ! Outre le fait que vous prolongez et servez le but des terroristes qui est fondamentalement un but médiatique, après deux ans de Covid et de décompte des morts, vous maintenez la pression de la peur. Nous avons besoin de respirer et cela sans trahir la mémoire de personne, ni être dans le déni de faits sur lesquels nous sommes largement informés depuis des années.  L’idée de suivre quotidiennement le procès est bien une idée de journaliste, c’est à dire avant tout un goût du spectacle. » 

« L’enjeu du procès des événements du 13 novembre pose la question du traitement de l’information. Maintenir une information permanente jusqu’au terme du procès comme cela a été annoncé engage des conséquences multiples. La première est la caisse de résonance offerte aux islamistes. La conséquence qui en découle est l’alimentation dans l’arène politique du climat sécuritaire dont nous savons à qui il profite. » 

Catherine Nayl, directrice de l’information de France Inter, explique ici cette décision : « Ce choix s’inscrit dans ce que nous estimons être à la fois notre métier de journaliste et notre statut de média de service public. Ce procès est un morceau à part entière de notre histoire, histoires personnelles et histoire collective. C’est l’histoire immédiate, qui s’appuie sur des témoignages, une enquête, et maintenant l’analyse du dossier par la justice française. Nous n’en référerons pas tous les jours à l’antenne, mais les deux journalistes de France Inter, Sophie Parmentier et Charlotte Piret qui suivront ce procès, auront et prendront le temps d’écouter, de comprendre, d’éviter l’aspect très binaire, parfois, de comptes-rendus qui ne reposent pas sur une parfaite connaissance des faits et des acteurs. Nous pensons que ces attentats qui ont coûté la vie à 130 personnes et fait des dizaines de blessés, ces attentats qui ont meurtri tout un pays, nécessite un tel engagement. » 

Un choix également assumé par la rédaction de Franceinfo comme l’indique Delphine Gotchaux, chef du service Police-Justice de la rédaction : « Oui on va couvrir le procès pendant l’intégralité de ces neuf mois parce qu’on ne sait jamais ce qui se passe à une audience. On ne peut pas ne pas y être. C’est un procès historique pour plein de raisons. C’est notre mémoire collective aussi. Il s’agit de rendre compte. Après, ça ne veut pas dire que tous les jours, il y aura un papier sur l’antenne de Franceinfo. Par exemple, il va y avoir cinq semaines d’audition des victimes, on ne va peut-être pas tous les jours raconter chacune de ces histoires. Non pas qu’elles ne soient pas, chacune, bouleversante, intéressante, mais parce qu’effectivement, il y a un risque aussi pour les auditeurs d’un trop plein, d’un trop plein d’émotion, d’un trop plein de choses douloureuses à entendre. » 

Nommer le terroriste 

Dans leurs courriels, des auditeurs soulèvent également la question de l’anonymisation de Salah Abdeslam. Certains préfèreraient ne plus entendre ce nom prononcé sur les antennes : 

« J’écoute beaucoup vos radios, par ordre de temps d’écoute, France Culture, France Musique, France Inter et Franceinfo. J’apprécie beaucoup vos programmes, mais ces jours derniers il y a une chose qui m’irrite au plus haut point, c’est la façon que vos journalistes ont de traiter l’actualité du 13 novembre. Pourquoi nommez-vous en permanence le nom du terroriste (que je connais maintenant par cœur, mais que je ne veux pas citer ici) ? C’est un nom qu’il faut ignorer. Si vos journalistes continuent à le citer, cela signifie qu’ils veulent promouvoir cet individu et augmenter sa notoriété. » 

« Fidèle auditrice de France Inter et tout autant admiratrice, je suis cependant choquée par la tribune médiatique que les médias en général offre à ce terroriste, seul  »rescapé » des attentats du 13 novembre. Je ne le nomme pas exprès pour le laisser dans son ignorance. Avant d’être une petite “frappe” sans intérêt qui se double d’un lâche, il se retrouve à la Une de tous les médias comme un héros pour tous ceux qui lui ressemble. On attend qu’il parle alors qu’en réalité on aimerait qu’il disparaisse. » 

Ne pas nommer le terroriste suffirait-il à le faire disparaître ? Ne pas nommer le terroriste permettrait-il de minimiser sa sinistre notoriété ? Ne soyons pas naïfs. Penser que citer son nom sur nos antennes propulse sa glorification, forge sa starification morbide et fait de lui un héros inspirant de potentiels candidats au jihad est un raccourci. Mettons cette facilité de réflexion sur le compte de l’émotion -intense et compréhensible- que suscite ce procès. Le groupe Etat islamique n’a pas besoin des médias traditionnels, que nous sommes, pour nourrir sa propagande. C’est au cœur de la jihadosphère, via leurs propres médias et les réseaux sociaux que le processus d’héroïsation se déploie.  

Ajoutons que l’état civil d’un terroriste est un élément d’information tangible. Décrire le réel par l’effacement d’une identité porte un nom : c’est de l’autocensure, avec le risque d’accréditer la thèse selon laquelle « les médias ne nous disent pas tout ». La couverture de ce procès historique peut faire l’économie d’un tel fantasme complotiste. 

Certains considèrent également que le procès offre à Salah Abdeslam une tribune médiatique à son bagage propagandiste car, comme le craignaient de nombreux survivants des attaques et de proches ou de défenseurs des victimes, depuis le début du procès ses prises de paroles ont pris la forme de provocations et de coups d’éclat :  

« Il est absolument insupportable qu’à chaque heure et à chaque horaire d’informations, nous ayons à entendre les débilités fanatisées du déchet islamiste. Vos journalistes qui se complaisent à donner audience à cette ordure ne se rendent même pas compte qu’ils/elles lui déballent un tapis rouge médiatique qui fait de ce déchet un « héros » » nous écrit un auditeur. 

Faudrait-il ne pas citer le nom de ce terroriste et au-delà, ne pas relayer ses propos ? Le point de vue de Delphine Gotchaux, chef du service Police-Justice de Franceinfo : « Ça a été des grands débats au moment des attentats. Faut-il ou pas anonymiser les terroristes ? Bien sûr, il est en vie. C’est l’un des rares terroristes qui a frappé le sol français encore en vie. Il a des choses à dire. Il faut, je pense, les remettre en perspective, ne pas être dupe, ne pas tomber dans son piège. Mais ce sont quand même des faits d’audience. Dans une audience, quand on la couvre, on raconte ce qui s’y passe. C’est notre rôle et en l’occurrence, ses propos disent quelque chose aussi de sa stratégie de défense et aussi peut-être et surtout, effectivement, du fait qu’il n’est absolument pas désengagé de son idéologie violente et mortifère. » 

Dimanche, dans le rendez-vous de la médiatrice à 11h51 sur Franceinfo, Delphine Gotchaux revient plus largement sur la question de la place accordée à Salah Abdeslam dans le traitement de l’information et répond aux questions des auditeurs. 

Diffuser des sons de fusillade  

Nos auditeurs ont également fait part de leur incompréhension au sujet des bruits et sons de fusillade diffusés dans les reportages consacrés à la nuit du 13 novembre 2015 : 

« Je me permets de vous écrire pour la seconde fois en trois ans et toujours au même sujet : la diffusion lors d’une heure de grande écoute d’une fusillade. Durant un reportage sur le Bataclan, il y a eu la diffusion d’un son de fusillade. Je ne comprends pas la diffusion d’un tel son à une heure de grande écoute. Il me semble que France Inter a établi sa notoriété sur son sérieux et sa diversité, pas sur les effets de buzz. Je pense que cela relève du voyeurisme malsain que l’on retrouve malheureusement sur des chaînes de soi-disant info en continue. Ce n’est pas ce que j’attends d’une radio publique d’une telle renommée. Il ne me semble pas que le traitement d’une information nécessite forcément la diffusion de sons de ce type. » 

« Je suis bouleversé par ces témoignages des rescapés du Bataclan. Mais en colère de votre besoin d’intercaler des effets sonores de coups de feu !! Quel intérêt de « scénariser » ainsi ces récits tellement poignants ?? Vous auriez été Netflix, j’aurais compris. Mais là, vous ôtez une part de crédibilité à ces personnes ; leurs mots seuls auraient suffi… On n’est pas au cinéma… ». 

Les sons et les faits décrits dans les “zooms” – reportages dans la matinale de France Inter – diffusés du 30 août au 3 septembre, et dans le magazine Interception « Les cicatrices du 13 novembre » le 5 septembre dernier, sont barbares, épouvantables et tragiques. Y déceler une intention de « voyeurisme malsain » traduit la méconnaissance de la rigueur journalistique à laquelle s’astreigne les reporters ; rigueur qui doit nous guider au quotidien, rigueur exacerbée lorsqu’on couvre cette actualité. 

Le registre lexical du second message cité retient toute notre attention « effets sonores », « scénariser », « Netflix », « cinéma ». Cet auditeur semble croire que ces coups de feu ont été artificiellement ajoutés afin de plonger trivialement l’auditoire au cœur d’une fusillade et amplifier ainsi l’épaisseur dramatique du sujet. Est-il nécessaire d’écrire que nous ne sommes pas dans une fiction ? Nous délivrons de l’information. En l’occurrence, il ne s’agit nullement d’un effet sonore mais un son authentique qui vient aider à l’illustration de la réalité du témoignage. 

Comme l’explique Jean-Philippe Deniau, chef du service Police-Justice de France Inter : « On diffuse une réalité. On a par exemple le son de la première attaque au Bataclan lorsque le groupe Eagles of Death Metal joue et où, d’un seul coup, on entend les tirs. Ce son a été diffusé car il est en cohérence avec le témoignage qui racontait précisément cette scène. Il s’agit d’une illustration réelle… du réel. La vraie question sous- jacente c’est « Pourquoi on ne le diffuserait pas ? ». Notre métier c’est de donner l’information, or nous considérons que cet élément sonore est une information. Il nous arrive de ne pas diffuser des informations que nous avons pour des raisons très précises. Là encore, des auditeurs pourraient nous dire qu’ils sont choqués d’apprendre que nous ne diffusons pas tout, mais il y a beaucoup de choses dans notre domaine qui peuvent choquer : des témoignages, des propos d’avocats, des témoignages de familles endeuillées peuvent susciter des réactions d’auditeurs qui se trouveront heurtés par des propos douloureux. Entendre des tirs, c’est très dur mais c’est un élément d’information. Nous estimons que ça illustre une réalité que nous relatons. Ces sons viennent soutenir les propos de la personne qui décrit ce qui s’est passé. »

Expliquer nos pratiques journalistiques, montrer les coulisses du métier de reporter et décrypter les choix éditoriaux dans le contexte d’une actualité dense, dramatique ou sensible est capital et nous remercions les auditeurs qui nous écrivent et nous font parvenir leurs remarques. Ils nous donnent l’occasion d’expliquer ce qui, pour nous, relève de l’évidence de nos pratiques et nous permettent de lever toute ambiguïté sur la manière dont nous remplissons notre mission d’information. 

A l’occasion de l’ouverture du procès des attentats du 13 novembre 2015, des auditeurs ont également écrit, en nombre, pour féliciter les reporters. Leurs messages sont extrêmement élogieux sur la série audio et vidéo de Franceinfo « Leur 13 novembre ». Au fil de neuf épisodes, les otages, parents de victimes, secouristes, urgentistes, policiers et juges racontent leur nuit du 13 novembre aux journalistes Gaële Joly, Mathilde Lemaire, Stéphane Pair et Delphine Gotchaux du service Police-Justice de la rédaction. 

« Cette série de Franceinfo sur « Leur 13 novembre » est remarquable. Dure, mais quel boulot ! Et merci à tous les témoins d’essayer de nous faire appréhender ce qui est impossible. » 

« Merci pour ce reportage et la réalisation de la bande son, précieux à plusieurs titres : pour ne pas oublier l’ampleur du drame, pour continuer à accompagner par la pensée les rescapés traumatisés, pour rendre hommage à cette synergie admirable des sauveteurs, pour continuer de croire encore en nos capacités d’empathie dans un monde de plus en plus glacial où certains voudraient faire passer l’indifférence et l’inaptitude émotionnelle pour de la pudeur. » 

« Que d’intelligence et de compétence ! Document exceptionnel !!! » 

« Des témoignages vraiment incroyables… la terreur mêlée au miracle. C’est bouleversant ! » 

Les auditeurs saluent également avec force le reportage de Sophie Parmentier « Les cicatrices du 13 novembre » diffusé dans Interception dimanche 5 septembre : 

« Un grand bravo à toute l’équipe d’Interception. Je ne voulais pas écouter cette émission, je fuis tout ce qui peut me briser le cœur. Mais j’avais les mains dans la vaisselle et n’ai pu arrêter la radio : et j’ai découvert une délicatesse incroyable, de la part des journalistes, des victimes… Mon cœur ne s’est pas brisé, au contraire il s’est gonflé d’amour. » 

« Merci de votre émission et de votre travail de journalistes d’information du service public. Nous aurons de plus en plus besoin de vous dans les mois et les années à venir. »  
« Grande amatrice de vos émissions, je vous félicite pour la qualité exceptionnelle de celle-ci. Le sujet est traité avec réalité, émotion mais non émotivité et humanisme. »

« 11 septembre : l’enquête » le podcast de France Inter 

A l’occasion du vingtième anniversaire de l’attaque du 11 septembre 2001, menée par 19 jihadistes affiliés à Al-quaïda contre New-York et le Pentagone à Washington, Grégory Philipps, correspondant aux Etats-Unis (2017-2021) propose une série de podcasts consacrée à cette journée qui a traumatisé l’Amérique et fait basculer le monde. Ce jour-là, des avions de ligne percutent les tours jumelles du World Trade Center à New York. Les attentats les plus meurtriers de l’Histoire viennent de frapper la première puissance mondiale. Le choc est planétaire, les répercussions politiques, diplomatiques et militaires aussi. Gregory Philipps raconte aussi les semaines, les mois qui ont suivi, la traque de Ben Laden, le procès impossible des commanditaires et son travail est unanimement salué par les auditeurs : 

« Ce podcast est fait d’humanisme, de beaucoup d’écoute mais également de relativité et bien sûr d’un travail colossal de recherche et de montage. Merci à toute l’équipe et bravo à tous ! » 

« C’est la première fois que je laisse un commentaire pour un podcast. J’ai trouvé ce travail remarquable pour sa précision et les émotions ressenties. Pouvez-vous faire passer ce message à Grégory Philipps et à son équipe ? Merci. »  

« Juste quelques mots pour féliciter Grégory Philipps et les personnes avec qui il a réalisé les 8 épisodes de ce podcast sur le 11 septembre. Merci de la qualité de cette enquête. »  
« Podcast absolument passionnant et souvent glaçant du toujours impeccable Grégory Philipps. Pas de scoop évidemment, mais du recul et des témoignages souvent très poignants. »  


Demain, on ne célèbre pas le 11 septembre 2001, on le commémore. A ce sujet, un auditeur écrit : « Il a été annoncé que l’on célébrait un évènement tragique. Le verbe « célébrer » me semble vraiment mal choisi. « Commémorer » serait plus approprié. ». Qu’en est-il précisément ?  Nous avons posé la question au lexicologue Jean Pruvost, la vidéo est à retrouver ici.

« En toute subjectivité » et la chronique Environnement sur France Inter  

Régulièrement ces dernières saisons, le manque de pluralité des points de vue a été souligné dans les courriels des auditeurs. L’ouverture à la diversité d’opinions s’est concrétisée dans la matinale en cette rentrée avec une nouvelle chronique « En toute subjectivité ». Elle donne la parole chaque jour et à tour de rôle aux journalistes Natacha Polony (Marianne) Alexandre Devecchio (Le Figaro), Etienne Gernelle (Le Point), à la directrice de l’ONG Oxfam et ancienne ministre Cécile Duflot et à la présidente de la Fondation des femmes Anne-Cécile Mailfert. 

Cette chronique proposée à l’heure où les auditeurs avaient l’habitude d’écouter la chronique environnement suscite des remarques : 

« Je m’étonne, dans une période où le Développement Durable et son explication au plus grand nombre est primordiale pour la transition, de la disparition de la chronique environnement dans la matinale de France Inter. Alors que les sujets environnementaux restent très peu traités dans les médias et notamment dans les heures de grande écoute, selon des experts, je pensais que France Inter avait pris la bonne direction, mais là, elle rétrograde… Surtout pour remplacer cette chronique par un énième rendez-vous d’opinion, déjà présent partout et trop dans les médias… Pouvez-vous donc m’expliquer ce choix ? »  

« Accueillir des éditorialistes afin de donner le goût de la politique aux citoyens… C’est une plaisanterie ? C. Duflot est une militante, N. Polony, qui intervient déjà le samedi midi à France Inter, est une souverainiste de droite ; quant aux journalistes du Point et du figaro, de droite, ils ne soutiennent nullement le gouvernement… » 

L’ensemble des messages a été adressé à Laurence Bloch. La directrice de France Inter apporte sa réponse aux auditeurs : 

« J’ai lu avec beaucoup d’attention vos commentaires sur le nouveau rendez du 7/9 intitulé « En toute subjectivité » et je voudrais ici vous exposer les raisons de ce choix. 
Mais d’abord vous me permettrez de rappeler que cette chronique dure 2’30, inscrite dans un format de deux heures dont aucun des fondamentaux n’a bougé : 
Les présentateurs Léa Salamé et Nicolas Demorand et les chroniqueurs qui l’incarnent au quotidien, Thomas Legrand, Dominique Seux, Pierre Haski et Claude Askolovitch sont inchangés, le reportage sur le terrain avec le zoom y a toujours sa place de même que la musique, l’humour et l’interactivité. 

Alors pourquoi cette chronique : très simplement pour alimenter le débat sur la société dans laquelle nous souhaitons vivre et dont nous fixerons le choix lors du vote de l’élection présidentielle en avril prochain. 
Chacun, chacune des personnalités invitées à s’exprimer dans ce format très court a un point de vue argumenté sur les grands enjeux du moment (inégalités ; problématique de la transition écologique ; souveraineté nationale ; etc. ) et apporte sa contribution au chantier des idées, ni plus ni moins. 

Quant à la question majeure de la protection de la planète elle reste présente dans l’émission quotidienne La Terre au Carré, elle se décline dans toutes les sessions d’information et fera dès octobre l’objet de semaines thématiques et de journées spéciales. 

J’espère avoir répondu à vos interrogations et vous adresse mes remerciements chaleureux pour votre attention sourcilleuse à notre grille de programmes. 
Elle aiguise notre vigilance et nous oblige ! » 

« Les pieds sur Terre » France Culture 

Des auditeurs nous écrivent au sujet de l’émission « Les pieds sur Terre » intitulé « Sans masque et sans pass ». Un auditeur « s’étonne de la radicalité des propos tenus lors de ces manifestations du samedis rapportés sans filtre. Dans le contexte actuel de buzz permanent et d’invasion des sources d’informations par toutes les formes de manipulation et de peurs, je souhaite que France Culture demeure une référence en la matière et ne se laisse pas emmener dans le flot d’une complaisance portant à conséquence. » 

Un autre auditeur estime que : « donner la parole à ces manifestants mal documentés, ignorants, revanchards, contestataires est une honte pour une radio comme la vôtre qui se targue de « culture ». Ces gens interviewés sont inconscients. » 

Sandrine Treiner a répondu à leurs remarques, hier, dans le rendez-vous de la médiatrice sur France Culture : « Je commencerai peut-être par dire que si « Les Pieds sur terre » n’était pas une émission qui fait réagir les auditeurs, elle passerait un peu à côté de son objet. Plus sérieusement, je ne crois pas qu’il y ait la moindre complaisance dans ce reportage. Mais pour le comprendre, il faut savoir que l’émission « Les Pieds sur terre » propose précisément cela : donner à entendre une des réalités brutes, effectivement sans filtre, puisque le principe, c’est un reportage, des histoires à la première personne, sans commentaires. On sait que sur l’antenne de France Culture, on fait entendre beaucoup de commentateurs, qu’ils soient historiens, géographes, sociologues, etc. Précisément, « Les Pieds sur terre », c’est un peu le contrepoint de ça. Et c’est vrai que l’émission va chercher des cas qui peuvent être plus marginaux que ce que l’on entend dans les discours généraux. Mais c’est fait pour ça. C’est très exactement fait pour ça et ça n’induit pas de complaisance. Je comprends par ailleurs la réaction, c’est à dire faire entendre quelqu’un qui dit quelque chose dans une manifestation, par exemple. Ce n’est pas donner la parole, c’est donner à entendre des propos qui se tiennent effectivement dans les rues de ce pays. Certes, les auditeurs ont entendu des propos radicaux parce que ce sont des propos radicaux qui s’expriment dans certaines de ces manifestations. On pourrait dire simplement pour conclure que comme cet auditeur, ce n’est pas parce que l’on entend des propos radicaux que l’on y adhère.” 

D’ailleurs, la couverture des manifestations antipasse sanitaire a globalement suscité beaucoup de courriels et nous avons également répondu à cette question éditoriale sensible sur le site médiatrice de Radio France

L’assemblée du désert à la place d’ “Esprit public” 

Des auditeurs de France Culture s’étonnent de ne pas avoir entendu l’émission « Esprit public » dimanche 5 septembre  

« Je n’ai pas compris ce matin, dimanche 5 septembre, de trouver une émission religieuse diffusée à 11 h en place de celle de l’Esprit public annoncée dans mon programme. J’ai entendu les commentaires à propos du renouvellement de l’émission. Je ne mets pas cela en cause. Cependant j’ai trouvé indigeste de trouver un programme religieux supplémentaire. » 

Les émissions religieuses du dimanche matin sont diffusées sur France Culture dans le cadre de l’application du Cahier des missions et des charges de Radio France, ceci ne résulte pas d’un choix de la station mais des obligations de service public telles que définies par le législateur.  

En plus d’émissions religieuses régulières, un certain nombre de cérémonies ou de rendez-vous cultuels sont diffusés, toujours dans ce cadre obligé : les messes du 15 août, les Carêmes etc, et donc l’Assemblée du désert, comme chaque année le premier dimanche de septembre.  
Les auditeurs retrouveront leur grille de programmes habituelle dès dimanche prochain. 

Les écoles Steiner  

Samedi 4 septembre, dans l’enquête de la Cellule investigation de Radio France intitulée « La déscolarisation, révélatrice de la fragmentation de la société » des écoles Steiner-Waldorf, considérées comme des écoles alternatives, ont été mentionnées et des auditeurs ont réagi : 

« Merci pour la qualité de vos émissions. Cependant je suis choqué du regard très ciblé sur l’école Steiner et la pratique de l’enseignement dont le témoin fait part… J’ai 52 ans et je regrette de ne pas avoir en entendu de témoignages positifs que j’aurais pu partager… Spiritualité et mysticisme ont été amalgamés par le témoin qui semble avoir des rancœurs cachées. J’ai beaucoup d’amis aujourd’hui qui auraient pu comme moi offrir de beaux témoignages sur cette période de scolarité si riche. » 

« Je souhaite réagir à votre enquête sur les écoles Steiner. Vous avez fait une enquête à charge qui ne reflète absolument pas la réalité de l’enseignement proposé. Le seul témoin que vous faites intervenir en a une analyse très controversée, et ce qu’il décrit, condamnable si cela existe, concerne probablement une infime minorité des situations. Si vous aviez fait une véritable enquête de terrain, si vous aviez interrogé des enseignants (actuels) et des parents, vous n’auriez pas eu ce son de cloche. » 

Jacques Monin, directeur de la Cellule investigation de Radio France leur répond : « N’étant pas une émission de société, notre propos n’est pas d’enquêter sur l’école à domicile, mais bien d’identifier des dysfonctionnements et d’en rendre compte. En l’occurrence de voir dans quels cas, des enfants sortent d’un cadre éducatif ouvert sur les valeurs qui fondent la république.  
C’est parfois le cas à domicile, c’est parfois le cas dans des écoles, dont certaines enseignent selon les méthodes conceptualisées par Steiner (l’une d’elle vient d’être fermée pour des raisons qui ne sont pas anecdotiques), tandis que d’autres enfants disparaissent simplement des radars.  

Nous avons proposé à la porte-parole des écoles Steiner de s’exprimer au micro, ce qu’elle a refusé. Et nous avons diffusé une partie de la réponse écrite qu’elle nous a envoyée.  

Enfin, j’ai pris soin de bien préciser que notre propos n’est en aucun cas d’essentialiser et de mettre en cause le principe même de l’école à domicile, dont Isabelle Souquet a précisé que dans la grande majorité des cas, elle était « formidable » et se passait très bien. »

L’habillage sonore de France Inter et de France Culture 

La radio est un média d’habitude et le changement de l’habillage sonore fait réagir des auditeurs de France Inter : 

« Les bips signalant l’heure avaient un vrai avantage : se distinguer, être audibles de loin sans doute aucun. Le nouveau jingle passe assez inaperçu. Je ne suis pas contre le changement mais pour un changement qui conserve le même cahier des charges. Je crains d’être plus en retard et à avoir d’autres astuces à mettre en place » 

« Je remarque comme tout le monde le changement d’habillage sonore pour les journaux du matin.  Un réarrangement de l’indicatif aurait pu être envisagé, pourquoi le changer ?? C’est vraiment dommage, vous coupez ce lien que nous avions avec les journaux pour sacrifier au modernisme, j’attends mieux de la radio du service public. Le nouvel habillage de l’Instant M est très bien, nous ne sommes pas contre le changement mais encore faut-il qu’il soit agréable. »  

Des auditeurs de France Culture se manifestent également : 

« Je suis vraiment déçu du changement du fond musical des annonces des journaux et de la matinale. L’ancien apportait sérénité et calme et c’est une des raisons pour laquelle j’écoute France Culture. Même si vous me direz que c’est une question d’habitude et que l’on va s’y faire, je trouve que le nouveau générique n’a pas d’âme. » 

« Le thème musical de l’émission a changé et étonnamment je le trouve morne par rapport au rayon de soleil qu’est M. Erner. » 

Bruno Carpentier, directeur artistique à la Direction des Antennes et de la Stratégie Editoriale, éclaire les motivations qui ont conduit à faire évoluer l’identité sonore de ces deux chaines afin qu’elles s’inscrivent esthétiquement dans notre époque. 

« Depuis 1999, le thème musical du top horaire de France Inter qui rythme vos journées n’avait pas changé. Nous l’avons réarrangé, réorchestré et remis au goût du jour à chaque rentrée, depuis 2006, sans en modifier les notes principales. 
Or, au fil du temps, les émissions et programmes d’information de la chaine ont affiné leur esthétique, trouvé leur rythme, sculpté leur allure et revêtu aussi de nouveaux habits. Il nous a donc semblé naturel, avec l’équipe de Direction de la chaîne, de travailler pour cette nouvelle saison autour d’un top horaire en adéquation sonore avec ce grand tout qui fait la France Inter d’aujourd’hui. 

Pour ce faire, nous avons travaillé avec les compositeurs Loïk Dury et Christophe Minck, que vous connaissez puisqu’ils signent déjà bon nombre de musiques d’habillages pour France Inter (le 5/7, le 5/9, Boomerang, Un jour dans le monde, le téléphone sonne, …), travaillent également sur les bandes originales des films de Cédric Klapish et composent les musiques de la série 10%. 

Pour France Culture, c’est avec Chloé Thévenin, la DJ compositrice, que la Direction de la chaine a choisi de travailler autour de la création d’une nouvelle identité sonore plus contemporaine, singulière et unique. (…) La facture sonore électronique et l’approche musicale de Chloé s’inscrit naturellement dans le sillage des identités sonores historiques de la chaine, c’est la suite d’une histoire, avec en plus l’« esprit d’ouverture » qui caractérise France Culture d’aujourd’hui. (…) Une identité sonore comme une signature, suffisamment singulière pour vous indiquer, quel que soit le support d’écoute que vous utilisez, que vous êtes bien sur France Culture. » L’intégralité de la réponse de Bruno Carpentier est à lire ici

L’adieu de la France à Bébel 

Il restera à jamais “L’As des as” ! Le décès à 88 ans de Jean-Paul Belmondo, légende du cinéma, a suscité une immense émotion à la hauteur de sa popularité. Dès l’annonce de sa disparition, lundi, les auditeurs lui ont rendu hommage : 

« Mort de Belmondo, c’est un frère un ami, un père, quelqu’un de la famille, on a tous une partie de nous en lui il nous incarnait, car c’était nous, tout le monde s’est senti Belmondo une fois dans sa vie au minimum. Il a tellement incarné des centaines de personnages. Il a tellement bien fait les choses qu’il est mort un jour de beau temps, pour que nous ne soyons pas complétement effondrés. Merci pour tout Monsieur. » 

« Je suis triste. Je pense l’avoir aimé dans tous ses films. Mais La sirène du Mississipi et Pierrot le fou sont mes préférés car Belmondo amoureux me bouleverse. En duo avec Jean Gabin, il était exceptionnel dans Un singe en hiver. Inoubliable et indispensable. Une allure, une voix, un sourire. Je suis triste. » 
 
« Par un beau matin d’été, à bout de souffle, Cartouche est parti rejoindre la sirène du Mississipi au paradis … comme un Professionnel, il a mené sa carrière. Itinéraire d’un enfant pas forcément gâté. Ciao à l’homme de Rio, bon voyage à l’As des as. » 

Emmanuelle Daviet 
Médiatrice des antennes de Radio France