#9 L’édito de la médiatrice

La perception de la réalité 
​​​​​​​Au menu de l’édito : le traitement éditorial de la condamnation de Nicolas Sarkozy, Jean-Michel Blanquer dans le Grand entretien, Maxime Lledo au micro de Léa Salamé et l’hommage à Serge Gainsbourg.   
Cette semaine deux débats de l’actu : la vaccination des soignants qui suscite beaucoup de commentaires des auditeurs et la réforme de l’assurance chômage. 
Chaque jour vous êtes très nombreux à nous écrire. Vous pouvez retrouver une sélection quotidienne des courriers sur le site de la médiatrice.
*** Un jugement sans précédent : Nicolas Sarkozy est devenu lundi le premier ancien président de la Ve République condamné à de la prison ferme, un an pour corruption et trafic d’influence dans l’affaire dite des « écoutes », une décision dont il va faire appel.    
Avant lui, seul son ancien mentor Jacques Chirac avait été sanctionné par la justice, en décembre 2011. Mais il avait été condamné à deux ans de prison avec sursis, notamment pour détournement de fonds publics, dans le dossier des emplois fictifs de la ville de Paris. 
Nicolas Sarkozy, qui a toujours affirmé n’avoir jamais commis « le moindre acte de corruption », va faire appel de sa condamnation à trois ans d’emprisonnement, dont deux avec sursis – une peine aménageable.    

Les auditeurs se sont montrés très critiques à l’égard du traitement éditorial :  

« Hier, 1er mars, la condamnation de M. Sarkozy a été annoncée de nombreuses fois tout au long de la journée et de la nuit. Cependant, à chaque fois une personne ou une autre a ensuite pris sa défense en qualifiant le jugement d’extrêmement dur, incompréhensible. On a l’impression qu’un innocent vient d’être injustement condamné. Jamais je n’ai entendu le début du commencement d’un commentaire défendant le point de vue de la justice, qui rappelle les faits en quelques mots et la dérive pénale. Votre radio peut défendre Sarkozy, mais aussi montrer le point de vue inverse. Hier je n’ai entendu que 100% favorable à cette personne. Il y avait aussi une plus longue émission qui présentait ses bienfaits en tant que président, son rôle actuel avec Macron, sa posture de référent dans les mouvements politiques. Qu’est-ce que ces commentaires viennent faire le jour de l’annonce de sa condamnation ? Vous cherchez à dévaloriser la justice, à justifier des dérives d’élus ? »  

« Je suis scandalisée des commentaires sur cette affaire mettant au pilori les juges qui sont soupçonnés de harcèlement. Quand bien même il y aurait eu à la base une insistance à chercher des preuves à charge cela ne me choque pas car Nicolas Sarkozy n’est pas un justiciable comme les autres de même que François Fillon car ce sont des hommes politiques en responsabilité et il est juste que les moyens mis en œuvre pour faire émerger la vérité et les condamnations soient plus lourdes qu’un citoyen lambda. Je suis fonctionnaire territoriale et dans le statut il y a l’exemplarité. Un Président ou un Premier ministre se doivent d’être exemplaires en tous points. C’est la garantie pour le peuple de retrouver la confiance dans les politiques. » 

« Votre façon de présenter la condamnation de Sarkozy est pour le moins particulière. Tout a été fait pour la minimiser. Le titre de votre sujet est « Sarkozy fait appel », et non « Sarkozy a été condamné à 3 ans de prison pour corruption ». Qu’est-ce qui est le plus important, à votre avis ? Ensuite la réaction de Gérald Darmanin, qui a rendu « sceptique » et « sourcilleux » « certains » députés. Suivi d’un commentaire d’un député soigneusement choisi et dont l’intervention a été moins longue que celle de Darmanin. »
   

Parmi les voix entendues sur les antennes pour commenter cette décision de justice, celle de l’avocate de l’ancien chef de l’Etat, Jacqueline Laffont. Sur Franceinfo, l’avocate a estimé cette décision « injuste et infondée », « c’est la raison pour laquelle ce jugement aujourd’hui n’existe plus puisqu’il est réduit à néant », avec cet appel qui permettra d’aller« devant de nouveaux juges ».  

Sur France Inter, dans le 7h50, mardi, l’avocate a considéré que « beaucoup de choses ont dysfonctionné. Le PNF (NDLR: Parquet National Financier) a été très habile dans sa communication en instrumentalisant un combat qui est un combat purement politique. »   

Le point d’orgue des critiques est incontestablement l’invitation faite à Jacqueline Laffont, en particulier sur France Inter :   
  
« Je note qu’il est fréquent que des avocats « refassent le match » après une décision de justice, notamment rendue en première instance « au nom du Peuple français », sans que soient sollicités ou expliqués les arguments des accusateurs, voire des juges. En règle générale, les juges qui sont les vrais professionnels du jugement, sont très rarement invités à s’exprimer sur la justice dans son ensemble (la justice pénale n’est qu’une infime partie des jugements rendus chaque jour). Est-il vraiment éthique de laisser les avocats – voire les condamnés ou leurs proches – commenter une décision sans contradiction ? » 

« Je suis une inconditionnelle de votre radio et vous remercie pour la qualité de vos programmes. Ce matin cependant, je n’ai pas compris que France Inter offre une telle tribune à l’avocate de M. Sarkozy, alors que la procédure est en cours, et surtout après l’édito remarquable de Thomas Legrand. En effet, le seul objectif d’une telle personne invitée sur France Inter, radio la plus écoutée le matin je crois, est de convaincre les auditeurs que M Sarkozy est une victime. Pourquoi l’avoir invitée ??? » 
 
  
Les antennes ont-elles, comme l’écrit un auditeur, fait « le show en s’ouvrant complaisamment aux avocats et aux soutiens des trois personnes qui viennent d’être condamnées en première instance » ?  
Faire entendre l’avocat de la défense dans une importante affaire de justice est fréquent, certes pas nécessairement en l’invitant à 7h50, mais dans les sujets diffusés dans les journaux, le service police justice s’attache à faire entendre toutes les parties quand c’est possible par souci du contradictoire et d’équilibre. L’information qui nous occupe est la condamnation, pour la première fois dans l’histoire de la Ve République, d’un ancien président ; ancien président qui, chacun l’aura noté, n’a pas été invité sur les antennes pour s’exprimer.  

Pour éclairer la compréhension du dossier, France Inter souhaitait entendre les arguments juridiques, et non politiques, de ceux qui contestent cette condamnation. L’invitation à Jacqueline Laffont s’est faite en totale collaboration avec service police justice afin que tous les équilibres dans le traitement éditorial soient respectés. Cette avocate est une femme habituellement économe de sa parole. Elle ne s’est exprimée ni avant ni pendant le procès. Qu’elle soit au micro après le délibéré permettait au public d’entendre sa version et les raisons pour lesquelles cette décision lui paraît « injuste et infondée”.  
  
On observe cependant qu’une stratégie de défense se met à l’œuvre dans la séquence de l’après condamnation puisque Hervé Témime, avocat de Thierry Herzog était également sur Franceinfo mardi. La défense s’est exprimée dans plusieurs médias, ce qui peut donc donner un effet de masse à l’auditeur qui entend la défense sur des antennes différentes.   
« Est-il vraiment éthique de laisser les avocats – voire les condamnés ou leurs proches – commenter une décision sans contradiction ? » demande un auditeur. Nous lui répondons que c’est exactement l’inverse qui ne serait pas éthique : ne pas donner la parole à la défense alors que Nicolas Sarkozy, son avocat historique Thierry Herzog et l’ex-magistrat Gilbert Azibert viennent d’être condamnés. Sur un plan strictement déontologique et de temporalité journalistique, le lendemain de la condamnation est le moment médiatique de la défense puisque les trois hommes font appel. Il est donc cohérent que les avocats expliquent la raison de cet appel, cela relève pleinement du droit des citoyens à être informés. Quant aux magistrats le droit de réserve ne leur permet pas de s’exprimer dans les médias sauf par la voix de leurs syndicats. Seuls les procureurs (membres du parquet) sont habilités à s’exprimer, or ce sont ici des magistrats du siège, et non du parquet, qui ont prononcé cette condamnation.   

Contrairement à ce qu’affirme un auditeur, le rendez-vous de 7h50 ne s’est en rien apparenté à « une tribune ». Jacqueline Laffont est rompue à la prise de parole, elle a donc déroulé son argumentaire juridique en répondant aux questions posées, en se cantonnant au terrain du droit, en évoquant notamment les méthodes du Parquet, sans franchir la frontière avec le politique.   

Par ailleurs, et très objectivement, les questions ont été posées sans complaisance. Il suffit pour le constater de réécouter l’interview avec rigueur intellectuelle et sans parti-pris spéculatif. Qu’auraient souhaité des auditeurs ? Entendre Léa Salamé clouer au pilori l’avocate de l’ancien chef de l’Etat pour le seul plaisir d’un public en attente de l’ultime coup de grâce ? Ce n’est ni son rôle, ni la finalité d’un tel exercice.   
La journaliste a, au contraire, amené la contradiction en posant des questions sensibles voire épineuses, notamment celle-ci :   
« Sur la stratégie de défense que vous avez adoptée et qui a été de critiquer violemment les enquêtes du Parquet national financier, vous n’avez cessé de pointer les irrégularités de la procédure, de dénoncer l’enquête poubelle du PNF, diriez-vous ce matin, à froid, que cette stratégie d’hostilité était peut-être une erreur. Est-ce que vous allez la changer en appel ? »  
Réponse de l’avocate : « Lorsqu’on a un résultat de cette nature évidemment on s’interroge, et si on ne le fait pas, je pense que c’est inquiétant et dommage. On doit toujours réfléchir et constater qu’il y a des choses qui n’ont pas été entendues. »  

Indiquons également que cette interview était encadrée par l’édito politique de Thomas Legrand qui mentionne : « Il y a les réactions des Sarkozystes pur-jus ! Elles sont édifiantes et soulignent un esprit de clan et aboutissent à l’effet inverse recherché : l’idée de bande organisée. Ce sont des réactions qui mettent en cause l’institution judiciaire, l’impartialité des juges ! (…) Ces réactions sont des vieux restes de la période RPR, des voraces du pouvoir, de cette génération qui s’estimait au-dessus des lois et pouvaient mettre les juges au pas. »  

Puis dans le journal de 8h00 Corinne Audouin, journaliste au service police justice de France Inter, qui suit cette affaire depuis le début, a rappelé les autres rendez-vous judiciaires qui attendent l’ex-président de la République :  
« Dans deux semaines à peine, Nicolas Sarkozy sera de retour devant le tribunal. Cette fois, ce sera pour l’affaire Bygmalion, qui porte sur les frais de sa campagne présidentielle de 2012. L’ex-chef de l’État est poursuivi pour avoir dépassé le plafond autorisé des dépenses électorales de plus de 20 millions d’euros. Mais son rôle ne sera pas central dans ce procès : jugé au côté de 13 autres personnes, anciens cadres de l’UMP, responsables de la campagne, dirigeants de la société Bygmalion ; il n’est pas personnellement mis en cause dans la mise en place du système de fausses factures échafaudé pour dépasser le plafond autorisé. Il a, aussi, d’autres rendez-vous à venir chez les juges. Nicolas Sarkozy est mis en examen pour corruption et association de malfaiteurs dans l’enquête sur les soupçons de financement libyens de sa campagne de 2007. Une affaire dans laquelle sont aussi mis en examen ses proches, Claude Guéant, Brice Hortefeux, et Eric Woerth. Enfin dernière affaire en date, une enquête préliminaire du Parquet national financier, ouverte l’été dernier pour trafic d’influence et blanchiment, elle concerne ses activités de conseil pour une société russe. »  

Difficile au regard des éléments diffusés sur France Inter de qualifier l’antenne de « pro Sarko ». Rappelons également que le jour de la condamnation, le lundi 1er mars, Corinne Audouin est intervenue dans le journal de 18h puis celui de 19h pour expliquer les termes du jugement. Dans ce même journal de 19h, la parole a été donnée à Cécile Mamelin, vice-présidente du l’Union syndicale des magistrats. Elle a estimé qu’il s’agissait d’une victoire de la justice qui a su rester indépendante.   

L’équilibre d’une antenne se mesure sur toute une tranche et pas seulement à l’aune d’une invitation d’une personnalité, en l’occurrence l’avocate de la défense, que l’on n’aurait pas envie d’entendre pour des raisons idéologiques ou politiques. Cette interview à 7h50 avait toute sa place sur l’antenne quoiqu’en pensent certains auditeurs très crispés à la seule évocation du nom de Nicolas Sarkozy.  
Les sujets traités sur les antennes sont à retrouver ici.  

Ecoles ouvertes : l’exception française  

Garder les écoles ouvertes autant que possible en dépit de la pandémie, ne les fermer qu’en « dernier recours » : en faisant depuis plusieurs mois ce choix politique motivé par la volonté d’éviter des « catastrophes éducatives », la France fait figure de quasi-exception. C’est l’un des pays européens ayant connu le moins de semaines de fermeture d’écoles selon les dernières données du 2 mars compilées par l’Unesco et communiquées à l’AFP. 

Se faisant le héraut de cette volonté partagée au sommet de l’Etat, le ministre de l’éducation, Jean-Michel Blanquer, a indiqué, mardi, dans le Grand entretien sur France Inter : « L’école n’est pas une variable d’ajustement. (…) C’est vrai que ça devient une exception française mais il y a tout lieu d’en être fier (…) Cette crise peut être une catastrophe éducative, j’essaye d’éviter ça à la France. »  
Un discours largement temporisé par de très nombreux auditeurs qui n’ont pas hésité à écrire :  

Réactions sur les suppressions de postes :  

« Je me permets de vous interpeller, car cela fait plusieurs fois qu’il y a une absence de débat contradictoire, lorsque le ministre de l’Education Nationale est interviewé sur votre antenne. De plus, les questions sanitaires, occupent presque à chaque fois toute la place, et vos journalistes n’évoquent jamais les conditions d’apprentissage déplorables des élèves, conditions qui se dégradent d’année en année, et qui augmentent les risques d’exposition des élèves et des enseignants au Covid.  
Ce mardi 2 mars 2021 dans la matinale, un auditeur (à 17 min 40 du Grand Entretien avec J-M Blanquer), a témoigné des suppressions de postes et des coupes budgétaires qui affectent le fonctionnement de son établissement scolaire depuis 4 ans. Ces restrictions obligent d’une part à fermer des classes et donc à surcharger les effectifs (avec plus de 30 élèves par classe la qualité des apprentissages est affectée et le risque sanitaire accru) ; d’autre part à réduire le soutien scolaire et les options proposées aux élèves.   
Le Ministre a répondu que les heures supplémentaires permettaient de compenser les suppressions de postes. C’est faux, au mieux elles permettent de maintenir un peu de soutien scolaire, mais en coupant des postes le ministère réduit la diversité des matières proposées aux élèves et appauvrit leur formation. »  
 
Une auditrice, parent d’élève.  

« Le ministre vient d’expliquer que l’école est fondamentale, qu’« elle n’est pas une variable d’ajustement ». Comment explique-t-il que, pour l’année scolaire prochaine, 1800 postes sont supprimés, que le nombre d’élèves par classe est toujours plus important et que réussir dans ces conditions pour les enfants est toujours plus difficile ? »   

« M. Blanquer, vous souhaitez garder les écoles ouvertes à tout prix mais il manque des remplaçants. Actuellement, les remplaçants sont sortis de leur classe pour faire 2 ou 3 jours sur une autre école afin de ne pas fermer cette école. En effet, quand il reste 1 enseignant sur 6, il manque des remplaçants. Même les congés maternité ne sont plus remplacés. Quels moyens donnez-vous aux enseignants pour fonctionner correctement et faire leur métier ? »  

Réactions sur la continuité pédagogique :  

« Les lycéens sont à « mi-temps ». Les profs font de leur mieux. Mais la continuité pédagogique est une utopie. Les jeunes se sentent perdus et esseulés une semaine sur deux. Ils ne comprennent pas pourquoi l’éducation nationale n’a rien pensé en amont durant les vacances d’été pour organiser l’accueil autrement. Plus de prof. Classes moins chargées. Réforme Bac et spécialités = 30 à 35 élèves par classe. »   

« Comment M. Blanquer peut-il dire qu’il y a continuité pédagogique quand les lycéens vont à l’école 1 semaine sur 2 ? Les professeurs ne peuvent pas se dédoubler : faire cours au lycée en présentiel et faire cours et suivre les élèves qui sont à distance. Interrogez-les, ils disent faire l’impasse sur certains chapitres moins importants pour essayer de boucler le programme. »    

« Comment le ministre de l’enseignement peut-il dire que la continuité d’enseignement est la même dans les lycées qui ont choisi d’accueillir les élèves à plein temps et les autres lycées qui sont à mi-temps. C’est bien loin de la réalité de terrain. »    

Dans le cadre de la lutte contre le coronavirus, le ministre de l’Education a également déclaré au micro de Nicolas Demorand et Léa Salamé : « A partir d’aujourd’hui, nous allons recruter 1.700 médiateurs, des étudiants en médecine, en pharmacie, de façon à appuyer les personnels mobilisés pour les tests salivaires », précisant que ces recrutements s’étaleraient jusqu’à la fin juin.  

Le ministre de l’Education nationale a fixé un objectif de 300 000 tests salivaires par semaine dans les écoles à partir de la mi-mars, tests effectués par les infirmières scolaires et d’autres personnels de santé.  
Un auditeur a sorti sa calculette et s’est empressé d’écrire : « Monsieur le ministre, 300 000 tests par semaine, 12 millions d’écoliers, plus de 40 semaines pour que chaque écolier soit testé 1 fois… il n’y a pas comme un problème ? »  


La place de la jeunesse  
  
Maxime Lledo, étudiant en sciences politiques et auteur de « Génération fracassée, Plaidoyer pour une jeunesse libre ! » (Fayard) était l’invité du 7h50 de Léa Salamé jeudi. Au cours de cette interview, Maxime Lledo a regretté le manque de présence des jeunes dans le débat public à l’occasion de la crise générée par la pandémie de coronavirus et a pointé du doigt les ex-soixante-huitards s’étonnant que « des gens qui prônaient il est interdit d’interdire soient les premiers à demander des interdictions ».   

Son interview a suscité de très nombreuses réactions, avec des auditeurs réellement partagés sur les propos tenus par l’étudiant :  

« J’ai été profondément choquée par les propos excessifs de ce jeune auteur. Sait-il combien de retraités bénévoles, de « vieux soixante-huitards », font fonctionner les associations et autres organisations caritatives dans tout le pays ? » 

« Il aura fallu 1 an pour donner la parole dans le 7/9 à un jeune, Maxime, qui exprime un point de vue disruptif et défendant les jeunes oubliés ! Continuez à leur donner la parole ! Et en revanche un peu moins de médecins et autres spécialistes du virus ! » 

« Il ne me semble pas nécessaire d’attaquer les vieux pour défendre les jeunes ! Vous mélangez tout, heureusement que les jeunes ne parlent pas tous comme vous le faites »   
« Génial ce jeune écrivain ! Quelle ouverture d’esprit ! ça fait du bien. Il a raison. On a oublié les jeunes et la liberté ! »  

« Je suis horrifiée d’entendre dans la bouche de l’invité des propos qui jettent aux orties « les personnes âgées » ! Qui a tant milité pour que la situation sociale et économique de notre peuple ? Qui donne de son temps et de son argent, pas si abondant qu’on le dit chez les vieux, aux très nombreuses associations pour accompagner les plus fragiles, etc. » 

« Mais que de vérité dans la bouche d’un jeune de 22 ans. J’ai 55 ans et je retrouve tellement d’idées en commun avec lui qui me semble font juste parties de bon sens. Jeune homme brillant qui redonne espoir dans notre société. » 

« Il y a bien une preuve que la liberté n’est pas supprimée, quand on entend le flot de bêtises que M. Lledo a pu déverser. Je ne reviendrai que sur un point : non, tous les retraités ne vivent pas dans un pavillon avec un jardin. Non, tous les étudiants ne vivent pas dans 9 m². (…) Tous les retraités ne sont pas des nantis à qui on pourrait diminuer leur retraite. Il existe dans notre pays une réelle difficulté financière pour beaucoup de retraités. Il n’est jamais bon d’opposer les générations comme ce jeune homme semble le faire » 

« Les commentaires de Maxime Lledo manquent sérieusement de profondeur. » 
 


Hommage à Serge Gainsbourg  

La semaine a également été marquée par les commentaires reçus lors de l’hommage rendu à Serge Gainsbourg à l’occasion des trente ans de sa mort :   « Bravo et merci pour cette journée hommage au plus grand poète de la chanson française » avec une mention spéciale pour Charlotte Gainsbourg au micro d’Augustin Trapenard dans Boomerang 
« Merci mille fois merci à Charlotte pour la délicatesse de ses souvenirs partagés… »  

Parmi tous ces messages, l’évocation à plusieurs reprises de la chanson « Lemon Incest », une chanson jugée « abjecte » :   

« Ce qui n’a pas disparu c’est la honte absolue de la chanson Lemon inceste et du clip associé dans lequel sur un lit géant ils sont couchés très proches Charlotte 12 ans en chemise et petite culotte et lui pantalon torse nu la main sous la chemise près du bas ventre de Charlotte lui susurrant « délicieuse enfant » … A l’époque j’étais choqué aujourd’hui je suis scandalisé. » 

« J’aimerais comprendre pourquoi une radio comme France Inter qui défend la fameuse libération de la parole notamment sur ce sujet si délicat de l’inceste peut se dédoubler à ce point. Je n’arrive pas à échapper aux hommages à Serge Gainsbourg, l’auteur de Mélodie Nelson et de l’abjecte chanson Lemon Incest. Tout ceci à quelques semaines d’un mea culpa de la sphère intellectuelle parisienne sur sa tolérance vis à vis de Gabriel Matzneff. (…) Je sais bien que c’est juste une chanson provocatrice, mais l’utilisation de sa fille pour cette provocation m’a toujours fait ressentir le même dégoût. Sur ce sujet, France Inter me déçoit profondément et c’est rare… Mais bon si Jane et Charlotte lui ont tout pardonné… » 
 

Sur Franceinfo Bertrand Dicale, auteur de la biographie de l’artiste « Tout Gainsbourg », est précisément revenu sur ce clip tourné il y a 36 ans. A la question : « Lemon incest, est-ce que ça passerait aujourd’hui ? », sa réponse intéressera les auditeurs indignés : « Je pense que la question n’est pas tant de savoir si ça passerait, je pense qu’il ne l’écrirait certainement pas aujourd’hui. Gainsbourg, n’est pas totalement fou. Dans le contexte actuel, écrire « L’amour que nous ne ferons ensemble est le plus beau, violent, le plus pur… » Alors il dit : « j’ai dit qu’on ne ferait pas l’amour », mais quand même. C’est sûr que ça serait difficile à écrire aujourd’hui. Il ne faut pas oublier qu’en 1985 quand le clip est sorti, il est torse nu, ils partagent le même pyjama, ils sont dans le même lit.
Il y a des associations qui, à l’époque, disent attention à cette banalisation, attention à cette esthétisation de l’inceste. Bon, hors contexte, ça n’arriverait certainement pas aujourd’hui. »


Emmanuelle Daviet  
Médiatrice des antennes de Radio France