#14 Edito – ​​​​​​​Confinés, de la terre à l’espace

​​​​​​​Confinés, de la terre à l’espace

Au menu de l’édito cette semaine : le bug informatique de l’Education nationale, le changement de grille de France Culture, le géopolitologue Pascal Boniface sur France Inter et France Culture, la prétendue euthanasie des enfants autistes en Belgique, le débat sur la fin de vie libre et choisie à l’Assemblée nationale, la journée spéciale biodiversité sur France Inter et l’odyssée « fipienne » de Thomas Pesquet.  

Les auditeurs nous ont également écrit au sujet du cambriolage de Bernard Tapie, sur le Manifeste des 343, le vaccin AstraZeneca, Michel Field, invité dans l’émission La bande originale sur France Inter qui a attribué l’invention de l’ouvre-boîte à Nicolas Appert…erreur historique ! Leurs messages sont à lire après le sommaire. 

Le fiasco de « l’école à la maison » ​​​​​​​

Tout devait être prêt pour l’enseignement à distance pour 12 millions d’élèves mais, comme l’an dernier, l’école à la maison a débuté mardi avec des bugs liés à des serveurs défaillants et des attaques informatiques, des  » problèmes » que le ministre de l’Education espérait voir réglés rapidement. Une partie des difficultés de connexion s’expliquant par des attaques des serveurs, venues de l’étranger assurait mardi Jean-Michel Blanquer. 

L’impossibilité d’utiliser les outils institutionnels a généré chez nos auditeurs plusieurs types de messages. Des courriels des personnels de l’Education nationale en colère, dépités par cette situation, rappelant que l’an dernier déjà, l’école à la maison avait mal commencé, avec des réseaux saturés et des espaces de travail inaccessibles. Des chefs d’établissement nous écrivent que Jean-Michel Blanquer assurait que tout serait prêt si un nouvel épisode d’école à distance devait être mis en place. Ce qui s’est produit cette semaine a démontré l’inverse :   

« Je suis personnel de direction d’un collège. Je vous contacte pour vous faire part de notre frustration et de notre exaspération du moment.  
Mettre en œuvre une continuité pédagogique avec les outils qui sont mis à notre disposition n’est tout simplement pas possible depuis deux jours. Aujourd’hui encore les classes virtuelles, les environnements numériques de travail sont saturés, inutilisables, tant par les élèves que par les enseignants. Nous avions pourtant préparé les cours en distanciel, les programmations, les contenus… Bref nous étions prêts. Nous avions prévenu nos classes de cette organisation, et depuis deux jours, nous ne parvenons pas à mettre en liaison les élèves et leurs professeurs. La situation est déplorable, navrante, je la condamne et la déplore.  
Ce qui est encore plus rageant, ce sont les mensonges de nos dirigeants qui évoquent les cyberattaques, des problèmes de data Center. En réalité il n’en est rien : la situation n’a pas été anticipée !  
Il ne s’agit pas d’une revendication syndicale mais juste le témoignage d’un personnel de direction désabusé par cette situation. » 

Dans leurs courriels, des enseignants dénoncent des outils et des pratiques déconnectés de la réalité du terrain :  

« Ce matin, toute connexion à l’espace numérique des classes ou tout accès aux classes virtuelles ont été impossibles. Mon proviseur m’a dit, “non, vous ne pouvez pas utiliser Discord ou Zoom, à cause de la RGPD (NDLR: Règlement Général sur la Protection des Données) . Trop drôle, dans le privé et même au gouvernement tout le monde utilise ces plateformes faciles d’utilisation et qui ne buggent jamais.  
Non, nous on doit utiliser un outil peu fonctionnel et dont la capacité est insuffisante.  
Là, je suis à bout, cela fait un an qu’on nous prend pour des imbéciles.  
On a reçu 150 euros pour nous équiper, nous devons nous payer tout notre matériel, et il n’y a aucune indemnité internet comme c’est le cas dans le privé. » 

Le lendemain du bug, des professeurs nous écrivaient de nouveau pour indiquer que le problème n’était toujours pas résolu :  

« Prof de lycée professionnel en télétravail je voudrais témoigner du fait que la plateforme ENT ne fonctionne toujours pas correctement ce matin, 7 avril, contrairement à ce que j’entends ce matin sur vos ondes. »  

« Enseignante dans l’académie Orléans-Tours, je vous confirme que l’ENT 
(NDLR: Espace numérique de travail) de l’académie ne fonctionne pas ce 7 avril. »  

Le traitement éditorial de ce dysfonctionnement a également suscité l’étonnement des auditeurs :  

« Ce mardi 6 avril 2021, les outils numériques institutionnels de l’éducation nationale ont quasiment tous planté. Jean-Michel Blanquer a désigné des coupables : OVH (NDLR: entreprise française spécialiste de l’hébergement web) , le PDG d’OVH a d’ailleurs réfuté dans la journée et des hackers pour la plateforme « ma classe à la maison » du CNED. Vous avez relayé ses propos toute la journée sur les antennes. Jean-Michel Blanquer avait pointé également des hackers en mars 2020…Or il est évident, d’une part que rien n’a été préparé et que les services numériques ne supportent pas la charge, et d’autre part que l’hypothèse des hackers est évidemment farfelue et permet de botter en touche.  
Pourquoi les rédactions de Radio France, relaient-elles les propos de Blanquer sans faire un travail journalistique de vérification et de recherche de crédibilité dans les propos du ministre ? »  

« Vos journalistes n’ont fait que relayer la parole de Jean-Michel Blanquer. Aucun contrepoint à la parole de ce dernier n’a été proposé. Cela me semble peu professionnel. Le ministre affirme depuis six mois que « nous sommes prêts ». Le fiasco de mardi montre, comme le craignaient les enseignants, que ce n’était pas le cas. ».  

Comme en attestent les différents reportages et papiers diffusés sur les antennes, le traitement journalistique n’a évidemment pas été unilatéral et vous pouvez retrouver ici les sujets réalisés par les rédactions pour couvrir ce bug informatique dans l’Education nationale. Nous y reviendrons également demain dans le rendez-vous de la médiatrice avec Alexis Morel, spécialiste de l’éducation de la rédaction de Franceinfo. Il nous indiquera les interlocuteurs qu’il a choisis pour traiter avec équilibre un tel dossier. Alexis Morel expliquera également en quoi relayer la parole du ministre de l’Education nationale durant cette période de pandémie est un exercice délicat voire difficile.  

France Culture adapte ses programmes 

Après l’annonce jeudi soir par Emmanuel Macron de la fermeture des établissements scolaires et de l’extension à l’ensemble du pays des restrictions liées à la pandémie de Covid-19, France Culture a décidé d’adapter sa grille et ses programmes afin notamment de soutenir les élèves et leurs parents, les étudiants et leurs professeurs dans leur apprentissage à domicile.  
Ce changement a bouleversé les habitudes des auditeurs de France Culture. Inquiets de ne plus retrouver certains de leurs rendez-vous quotidiens, ils nous ont écrit :  

« Que sont devenues les émissions de la tranche 6h/7h ? Le Monde du vivant ? Le journal des idées ? Les enjeux internationaux ? La chronique de Guillaume Erner ? Les journaux ? Tout ceci aurait disparu ??? Je n’ose y croire. Vous n’auriez pas osé faire cela en douce ? Rassurez-moi ! » 

« Reprenant mon rythme habituel, je réalise seulement ce matin que les Petits matins ont soudainement disparu. J’en suis navré car j’appréciais énormément les chroniques de Bruno David et l’émission de Tewfiq Hakem et tout le reste jusqu’à 7h. Or, aucune annonce n’a jamais été faite de ces disparitions soudaines. » 

« Auditeur assidu depuis 40 ans, je suis catastrophé par la nouvelle grille où manque tout particulièrement « Les enjeux », consacrés depuis des décennies. En outre, j’appréciais aussi l’humour de Guillaume Erner juste après ! De grâce, revenez au plus vite à la grille habituelle ! » 

« A l’aube d’une journée avec son lot de changements et d’adaptations pour faire cohabiter télétravail avec maîtresse de maternelle et ATSEM et prof d’histoire, maths et français de collège, j’attendais avec impatience l’humeur du jour de Guillaume Erner pour ironiser et me réconforter de cette situation ubuesque. C’est bien dommage de nous enlever cette touche de bonne humeur et ce regard critique et/ou ironique sur notre quotidien. J’ai eu aussi beaucoup de tristesse de ne pas entendre Tewfik Hakem qui nous offrait une douce et jolie fenêtre culturelle. Espérant réentendre ces deux programmes un jour je vous souhaite une bonne journée. » 

Sandrine Treiner, directrice de France Culture, n’a pas laissé les auditeurs sans explications : « Depuis un an et l’apparition de la pandémie de Covid-19, France Culture n’a cessé d’adapter son offre de programmes pour répondre aux enjeux éducatifs liés à la crise que nous traversons. Nous avons notamment lancé l’émission “Écoutez Révisez”, devenue en septembre “En français dans le texte” et créé “La Dictée géante”, une dictée radiophonique hebdomadaire. Après les annonces de jeudi soir, nous allons plus loin en modifiant la grille de programmes et en renforçant notre offre en ligne et de podcasts, avec trois axes prioritaires : l’éducation, avec des émissions de connaissance pour réviser, apprendre et découvrir ; les fictions pour s’évader et ouvrir les portes de l’imaginaire ; l’actualité pour analyser et comprendre le monde qui nous entoure ». Cette modification de grille était au menu des questions posées hier à Sandrine Treiner dans le rendez-vous de la médiatrice sur France Culture.  

Retour sur les contre-vérités de la semaine 

Dans ce rendez-vous de la médiation, la directrice de la chaîne a également répondu aux auditeurs souhaitant savoir si le géopolitologue Pascal Boniface était sur « une liste noire ». Dans une vidéo, publiée récemment, le directeur de l’IRIS indique qu’il est victime, « d’une mise à l’index », d’une « campagne contre lui pour l’empêcher d’être présent dans certains médias », sur France Culture et France Inter notamment.   
Qu’en est-il précisément ?  

Voici la réponse de Sandrine Treiner :  

« Le procédé employé par Monsieur Pascal Boniface est très singulier. Alors qu’il est invité sur tant d’antennes, il semble considérer que ce n’est pas assez. 
Il se répand sur YouTube, mais aussi sur son blog sur Médiapart, sur Twitter, sur le fait qu’il ne serait jamais invité sur l’antenne de France Culture et que nos producteurs précaires ne l’inviteraient pas pour ne pas prendre le risque de se fâcher avec leur direction. C’est donc grave. Il parle, je cite, de « liste noire » et même de “censure ». 

Je voudrais commencer par dire que je suis très étonnée par ces attaques violentes ad hominem, sur les réseaux sociaux, venue d’une personnalité que ses responsabilités devraient obliger. Ce sont des pratiques que je conteste et que j’interroge, mais on y reviendra.  

Je réponds à nos auditeurs. C’est très simple : il n’y a jamais eu de consignes de ne pas l’inviter. Et puis, j’ajoute qu’il n’y a pas non plus d’obligation à le faire.  

Pour être précise, j’ai demandé à mon équipe une petite recherche : il a été davantage, bien davantage, invité depuis que je suis directrice qu’avant. Les faits sont têtus. Voici les chiffres : 5 invitations entre 2011 et 2014. J’ai été nommée en 2015. Près d’une vingtaine d’invitations depuis, dont six en 2019 et notamment dans Les Matins. Les dernières fois au journal de 12h30 sur le G7, aux Matins sur la guerre du Yuan, ou aux Enjeux Internationaux sur l’enseignement de la géopolitique. Son assertion est donc tout simplement mensongère. »
 La suite de la réponse de la directrice de France Culture est à lire ici

Laurence Bloch, directrice de France Inter a également tenu à répondre :  

« En tant que directrice de France Inter, je voudrais d’abord revenir sur les faits puisque pour les universitaires comme pour les journalistes le travail premier est de partir du réel. Depuis 2011 Pascal Boniface a été invité à 8 reprises sur l’antenne de France Inter notamment dans « Le Téléphone sonne » et « Le Grand Face à Face », deux émissions à l’audience puissante et à la réputation solide. Prétendre être boycotté depuis 2011 est donc une pure et simple contre-vérité. 

Par ailleurs, je voudrais exprimer ma profonde indignation sur le soupçon que fait peser Pascal Boniface sur les équipes de France Inter et notamment celles de la rédaction qui sont les plus à même de l’inviter compte tenu de son domaine de compétence. Affirmer que les journalistes de France Inter pourraient accepter une quelconque censure ou liste noire de ma part est une atteinte grave à leur intégrité professionnelle et un mépris affiché du respect scrupuleux par les journalistes de France Inter de la déontologie de leur métier: informer quoiqu’il en coûte. » 

La liste des émissions est à retrouver ici

L’euthanasie des enfants autistes en Belgique : l’autre fausse allégation de la semaine 

Mgr Michel Aupetit, archevêque de Paris, était l’invité du Grand entretien de France Inter lundi 5 avril. Des cérémonies religieuses en temps de pandémie à la façon dont l’Église doit se comporter avec les victimes de violences sexuelles, différents sujets ont été abordés par Nicolas Demorand et Léa Salamé. Au cours de l’entretien, le droit à mourir dans la dignité a été évoqué. Mgr Aupetit a estimé « paradoxal qu’il y ait cette attaque sur le fait de donner la mort au moment où la mort nous encercle, où elle est partout. On devrait plutôt se battre pour la vie. La question, c’est : quel est notre rôle ? Se donner la mort, c’est une liberté. Faire introduire la société là-dedans, ça me paraît très grave ». L’archevêque de Paris a affirmé qu’en Belgique, « on est passé aux enfants, aux personnes qui ont un déficit mental. Quelqu’un m’a écrit en Belgique pour me dire que des gens ont amené un enfant autiste se faire euthanasier ». Ses propos sur la supposée euthanasie d’enfants autistes en Belgique a fortement fait réagir les auditeurs :  

« Mgr Aupetit archevêque de Paris s’est livré à une critique fallacieuse et péremptoire – notamment à l’encontre de ce qui se pratique en Belgique – de cette question d’une liberté fondamentale à acquérir : la possibilité de choisir la fin de sa vie. Il s’agit certes d’une question de société, mais dont le caractère personnel ne peut se satisfaire d’injonctions du représentant de l’église catholique, instance d’ailleurs de plus en plus minoritaire. Je vous remercie de bien vouloir prendre les dispositions nécessaires à l’invitation d’une personne non dominée par une religion, quelle qu’elle soit, et qui puisse énoncer les arguments qui prévalent chez celles et ceux qui s’engagent dans cette voie du choix de la fin de vie. »  

« Bonjour et merci pour votre travail. Je vous ai écouté attentivement ce matin interviewer Monseigneur Aupetit qui est sans doute un homme cultivé, raffiné et intelligent. Et pourtant, en parlant de l’euthanasie, et en évoquant la situation en Belgique, il ne s’en est pas moins laissé aller à des propos manipulateurs et contraires à la vérité. Compte tenu que ce sujet va sans doute demeurer assez longtemps encore à l’agenda de la France, ne pourriez-vous rappeler à ceux de vos invités qui se laissent aller à de tels propos que la pratique de l’euthanasie en Belgique est cadrée par une loi importante qui aura 20 ans en 2022. Cette loi pose le principe de placer le patient au centre du dispositif : la décision ne peut être prise que par lui, validée par trois avis médicaux, établissant, entre autres critères, que l’évolution de la maladie est irréversible, et la mort inéluctable. La pratique de l’euthanasie est par ailleurs contrôlée par une commission d’évaluation pluraliste, qui jamais n’a constaté les abus dénoncés par votre invité. » 

En Belgique, des parents peuvent-ils « emmener leur enfant autiste se faire euthanasier »selon la formule de Mgr Michel Aupetit ? Non, c’est faux. Dès lundi en fin de matinée,France Inter publiait un article pour faire le point sur le sujet. « Des mineurs peuvent en théorie avoir recours à la fin de vie mais les conditions d’accès sont extrêmement strictes au point d’exclure l’autisme.  
Contrairement à la France, où elle est illégale, l’euthanasie a été dépénalisée en Belgique en 2002. Douze ans plus tard, en 2014, le pays est devenu le premier au monde à autoriser que les mineurs puissent demander la fin de vie. Une légalisation sous conditions puisqu’il faut que l’enfant soit atteint d’une maladie incurable et vive avec une « souffrance physique constante et insupportable qui ne peut être apaisée ». Le mineur doit également avoir une capacité de discernement.  
Affirmer comme le fait Mgr Aupetit, sous couvert d’un témoignage, que des parents emmèneraient leurs enfants autistes se faire euthanasier est faux indique cet article. « Le texte adopté en 2014, qui élargit l’euthanasie aux mineurs, prévoit des conditions plus restrictives que pour les adultes. « L’euthanasie n’est guère possible pour des mineurs autistes », résume pour France Inter Jacqueline Herremans, la présidente de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) en Belgique. »  

Hier matin sur Franceinfo, alors que l’Assemblée nationale s’apprêtait à rouvrir ce débat passionnel sur l’euthanasie, le docteur Yves de Locht, médecin généraliste à Bruxelles, apportait son témoignage, en tant que praticien procédant à l’euthanasie de patients qui sont « au bout du bout » depuis les années 2008. Extrait de l’interview :   

“- Est-ce qu’on vous a déjà traité de meurtrier ?   
– On m’a traité de tous les noms. La dernière injure, si j’ose dire, et d’un haut gradé religieux qui a dit qu’en Belgique, on euthanasiait des enfants autistes.    
– Vous faites référence à l’archevêque de Paris, monseigneur Aupetit, qui sur France Inter, le 5 avril, s’est indigné qu’on puisse effectivement euthanasier des enfants autistes en Belgique. Que lui répondez-vous ?    
– Je réponds d’abord que c’est archi-faux. Évidemment, nous n’euthanasions jamais d’enfants autistes. Ils sont soignés et on fait tout ce qu’on peut. En 2020, il n’y a pas eu d’euthanasie d’enfants très gravement malades. En 2019, il y en a eu deux en Belgique. Ce sont des enfants très, très gravement malades. L’échéance de vie est très courte. Il faut plusieurs médecins qui donnent leur avis et les deux parents doivent être d’accord. Les conditions sont très, très strictes.”  

Le choix de la fin de vie 

« Ultime liberté » contre « rupture éthique” ou “transgression majeure” : l’Assemblée nationale a débattu hier 8 avril de l’euthanasie dans une atmosphère polémique sans parvenir, malgré un large soutien, à voter sur un texte complet faute de temps face à des milliers d’amendements.   

L’examen de la proposition de loi ouvrant un droit à « une fin de vie libre et choisie » du député Olivier Falorni, du groupe Libertés et Territoires, n’y a pas échappé : avec plus de 3.000 amendements pour la plupart destinés à la contrer, les travaux n’ont pas dépassé l’article premier.   
M. Falorni s’est félicité d’un « message fort », même si « l’obstruction ne permet pas d’aller au bout du texte ».  

Le député de Charente-Maritime avait été accueilli dans l’hémicycle par un tonnerre d’applaudissements de ses partisans, présents sur tous les bancs. Les Français « sont une immense majorité à être favorables au droit à l’euthanasie« , une « ultime liberté », a-t-il lancé.   
Il a fustigé les milliers d’amendements à son texte, placés symboliquement en pile devant lui, visant à « empêcher l’Assemblée de voter » sur l’ensemble de la proposition dans le délai imparti.   

Le ministre de la Santé Olivier Véran s’est en revanche déclaré personnellement « pas convaincu qu’il faille ouvrir aujourd’hui ce débat d’envergure », citant notamment le lourd contexte de la pandémie de Covid-19.   

Du côté des auditeurs, le sujet passionne. Très majoritairement, ils nous écrivent qu’ils préfèrent choisir leur fin de vie :  

« Choisir l’heure de sa mort est peut-être l’ultime et le seul acte d’absolue liberté de la condition humaine. La pensée de franchir ce cap en toute conscience est pour moi bien plus apaisant que d’imaginer la façon hypocrite dont la société organise la mort aujourd’hui : sédation. Et finalement mourir de faim et de soif. Que savons-nous des sensations intimes du corps dans une telle fin ? Sans compter les suicides désespérés et solitaires, parfois le seul choix qui reste à certains qui ne peuvent bénéficier du suicide assisté existant dans d’autres pays.  Notre corps nous appartient, notre propre mort doit nous appartenir. » 


« Je me permets de vous écrire tout de suite après Le téléphone sonne de ce 7 avril sur La fin de vie, pour vous féliciter en toute simplicité de la façon dont vous avez mené l’émission. Un sujet délicat, intime et important. J’ai écouté d’une oreille particulièrement attentive car le sujet m’intéresse.  Vos invités étaient remarquables.  J’avais besoin de partager avec vous et votre équipe mon point de vue : votre présence sensible et d’attention, Fabienne Sintes était d’une justesse et d’un professionnalisme remarquable. Merci à toutes et tous. ». 

Unanimement, les auditeurs ont salué la qualité des émissions ou des témoignages diffusés sur l’euthanasie, question philosophique et ontologique difficile.  

Beaucoup de courriels également hier plébiscitant la journée spéciale sur la biodiversité proposée par France Inter.   

« Écoutons la nature, écoutons-la vraiment ! » 

Après le réchauffement climatique, la sauvegarde de la biodiversité est devenue l’un des enjeux les plus importants de notre siècle, indispensable au maintien de la vie sur terre. 20% des espèces françaises sont menacées. Comment les protéger ? Comment agir entre la nécessité de développement et la sauvegarde du patrimoine biologique ? s’interrogeait France Inter hier tout au long de la journée. Une antenne ponctuée de pastilles sonores très appréciées par les auditeurs :  

« J’ai adoré vos 30 secondes d’écoute de la nature tout au long de cette journée spéciale. J’en suis même arrivée à l’attendre toutes les heures. J’ai eu une sensation de bien-être à chaque fois. Un sentiment de lâcher prise et une énergie retrouvée. Ce serait génial de prolonger ces petits intermèdes relaxants et bienfaisants. Merci de cette belle journée. » 

« Pourriez-vous envisager de laisser indéfiniment ces petits passages de bruits de la nature diffusés chaque heure aujourd’hui ? Un peu comme les minutes de calme sur la chaîne CNN. Au nom de tous vos auditeurs à qui ces quelques secondes font un bien fou, merci. »  

« Des émissions de ce niveau, surtout n’hésitez pas à nous en proposer d’autres. Merci pour cet excellent moment de radio. » 

« Ah que ça fait du bien d’entendre autre chose que le Covid !! On a l’impression de redevenir un peu « intelligent » !! Merci » 

« Le plus important aujourd’hui est de donner à chacun le moyen d’agir efficacement pour protéger la biodiversité.  Ça passera nécessairement par une révision de nos modes de consommation et notre manière de vivre, en mettant à disposition de tous des indicateurs pertinents (combien de Co2 est-ce que j’émets par an ?), à la fois pour se jauger et pour pouvoir adapter une trajectoire soutenable. Partout, dans tous les domaines, on doit tous réduire notre empreinte environnementale. Si chacun de nous réduit de 10 % sa consommation d’eau et d’électricité, renonce à quelques déplacements en voiture, et est plus attentif à acheter des produits de saison et participe à une action environnementale « de quartier » (nettoyage des fossés, des bords de cours d’eau, inventaires participatifs…) ce sera beaucoup plus efficace que bien des réformes institutionnelles… par ailleurs indispensables. »  

Comme en attestent leurs courriels, les auditeurs de Radio France sont extrêmement sensibles à la question environnementale. Ils liront donc avec intérêt les conclusions d’une étude parue aujourd’hui dans « Biological Conservation », où les scientifiques avertissent : « les régions les plus riches du globe en faune et en flore sauvages seront irrémédiablement : endommagées par le réchauffement climatique si rien n’est fait pour le limiter.  
Une analyse de 8.000 évaluations de risque portant sur différentes espèces montre que le danger d’extinction est grand dans presque 300 lieux où la biodiversité est importante, sur terre et dans les océans, si les températures augmentent de plus de 3°C comparé à la période pré-industrielle.     
La surface de la Terre s’est déjà réchauffée de 1°C. Les engagements pris selon l’Accord de Paris prévoient de limiter ce réchauffement bien en-dessous de 2°C, voire à 1,5°C, mais les engagements actuels des Etats mettent le monde sur la voie d’un réchauffement bien supérieur à 3°C d’ici à la fin du siècle. Voire avant.   
Les espèces endémiques, qui vivent uniquement dans un territoire donné, seront les plus touchées. Les léopards des neiges dans l’Himalaya, les marsouins du golfe de Californie, les lémuriens de Madagascar ou les éléphants de forêt d’Afrique risquent de disparaître si l’humanité ne réduit pas ses émissions de gaz à effet de serre, avertit cette étude. 
Les espèces endémiques dans ces hauts lieux de biodiversité ont près de trois fois plus de risque de souffrir du changement climatique que la faune et la flore plus commune et dix fois plus que les espèces invasives.   

« Le changement climatique menace des zones remplies d’espèces qui ne peuvent être trouvées nul part ailleurs au monde », résume l’auteure principale de l’étude, Stella Manes, chercheuse à l’université fédérale de Rio de Janeiro. La suite est à lire ici.  

La terre vue de l’espace : odyssée fipienne 

Ambassadeur de l’Unicef pour le changement climatique depuis cinq ans, le spationaute Thomas Pesquet évoquait le 9 mars dernier, au micro de Léa Salamé, « l’effet de recul à l’échelle de nos sens », ressenti depuis l’espace. « Ce qui parle vraiment c’est ce qu’on peut toucher, ce qu’on peut voir. Là, on met la Terre à notre échelle. On voit bien qu’il n’y a rien d’autre autour de nous et cela nous donne cette impression de fragilité.” 

Récemment nommé premier commandant de bord français de la Station spatiale internationale (ISS), Thomas Pesquet s’envole le 22 avril depuis la Floride à bord d’un vaisseau privé américain, la capsule Crew-2 Dragon de Space X, avec trois autres astronautes, deux Américains et un Japonais.  

Tout au long des six mois de la mission « Alpha », ce fan revendiqué de Fip va vivre avec « sa » radio une aventure spatiale et musicale inédite.   
La radio a en effet mis en place une série de rendez-vous avec l’astronaute : il sera présent toutes les semaines sur Fip. La radio inaugure ce dispositif spécial le 23 avril par une émission qui retracera en musique « les 24 heures de vol qui auront permis à Thomas Pesquet et l’équipage de Crew-2 de rejoindre l’ISS, du décollage à l’arrimage ».   

Une fois à bord de l’ISS, « chaque jour, sur Twitter, Thomas Pesquet publiera un nouveau titre de sa programmation personnelle » en collaboration avec la radio, soit un total de 180 titres « pour faire partager aux auditeurs et internautes » son voyage.   
Et chaque semaine l’astronaute « parlera d’un titre et nous confiera dans un message diffusé à l’antenne des histoires ou anecdotes autour de morceaux qui lui évoqueront des moments de sa vie sur Terre ou à bord de l’ISS », annonce Fip.   

La radio, qui fête ses 50 ans, a préparé trois programmes musicaux pour l’astronaute :   

« Rêver (dans) l’espace, inspirée par la vue de la Terre depuis l’ISS, Travailler (dans) l’espace, pour les moments de concentration et d’expérimentation, et Courir (dans) l’espace, pour agrémenter son quotidien », détaille Fip.   
Les auditeurs pourront donc les découvrir chaque mois sur le site de la radio, ainsi que chaque premier lundi du mois lors de soirées spéciales, pour un voyage, musicalement radiophonique, dans l’espace. 
En attendant, partageons ici les mots des amoureux de FIP :  

« Chère FIP, avant toute chose, vraiment, félicitations pour votre programmation que je fais découvrir à des amis aux quatre coins du monde, qui commencent à penser comme moi que Fip est peut-être la meilleure radio du monde ! Tout particulièrement en ces temps de Covid où nous passons plus de temps entre nos propres murs que Fip nous permet d’oublier. Bravo ! » 

« Je tenais à vous féliciter de cette belle équipe qui m’enchante chaque jour… Les voix sont sublimes nous emportent dans des lieux divins… Quel bonheur de vous écouter et de nous faire rêver, nous faire changer d’air ! » 

Ce dernier message pourrait être signé… « Thomas Pesquet » dont nous suivrons l’odyssée spatiale, idéale pour prendre de la hauteur en ces temps de confinement.  

Emmanuelle Daviet   
Médiatrice des antennes de Radio France ​​​​​​​