#49 L’édito de la médiatrice

Début décembre 2020…
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Le Covid-19 a raison de tout. De notre quotidien, de nos visages, de nos conditions de travail, de nos liens sociaux, de la légèreté, des sourires et des embrassades, d’un ancien président de la République et même de l’esprit bon enfant du Jeu des 1000 euros.
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Avant de détailler le traitement éditorial de l’actualité de la semaine vu par les auditeurs, je souhaite les remercier pour l’abondant courrier qu’ils nous adressent quotidiennement. Nous recevons actuellement 1000 messages en moyenne par jour ouvré. Avec une hausse de 24% par rapport au mois précédent, nous avons traité au mois de novembre 20 000 courriels.

Aucun média en France ne peut se prévaloir d’un tel lien avec son public. Les auditeurs de Radio France sont exigeants et leur attente à l’égard du service public audiovisuel est immense, comme en attestent leurs messages. Leur publication dans cette Lettre hebdomadaire se veut la juste synthèse de la semaine. Le volume à analyser est considérable et, souhaitant être au plus près des interrogations des auditeurs afin que chaque remarque légitime puisse être, autant que faire se peut, relayée, la Lettre est conséquente, trop riche peut-être. N’hésitez pas à nous faire part de vos réflexions à ce sujet.

Cet exercice de transparence auquel nous nous livrons à travers la publication des récriminations formulées est également à l’œuvre lors des rendez-vous sur les antennes où les journalistes, producteurs et directeurs de chaîne viennent directement répondre aux auditeurs. Là encore il semble utile de rappeler que la pratique de cet exercice est une exigence, une mission de service public qui se poursuit dans le contexte d’une pratique des métiers d’antenne rendue parfois difficile du fait de la crise sanitaire.

Les auditeurs sont exigeants, nous le sommes également. Comme toute activité humaine, le métier de journaliste n’est pas infaillible cependant, que les auditeurs en soient totalement convaincus, dans les rédactions, dans les programmes, tout est mis en œuvre pour l’accomplir au mieux.


La disparition de Valéry Giscard d’Estaing

Une journée de deuil national mercredi mais pas de cérémonie publique et des obsèques dans l’intimité : c’est avec sobriété que disparaît l’ancien président Valéry Giscard d’Estaing, décédé mercredi à 94 ans et salué par tous comme un « modernisateur » et un Européen convaincu.
« VGE », qui présida la France le temps d’un seul mandat, de 1974 à 1981, est décédé mercredi soir des suites du Covid-19, entouré des siens dans sa propriété d’Authon, petit village du Loir-et-Cher. Ses obsèques y auront lieu demain, samedi, dans la plus stricte intimité familiale et en petit comité, contraintes sanitaires obligent.

Emmanuel Macron a décrété, lors d’une adresse aux Français, un jour de deuil national mercredi 9 décembre en hommage à cette « figure centrale de l’histoire de notre République ». Hospitalisé à plusieurs reprises ces derniers mois, Giscard d’Estaing avait fait l’une de ses dernières apparitions publiques lors des obsèques de Jacques Chirac qui fut son Premier ministre puis plus tard son successeur.

L’Allemagne « perd un ami » et « un grand Européen », a estimé la chancelière Angela Merkel. Le Premier ministre britannique Boris Johnson a rendu hommage à un « grand modernisateur de la France » et son homologue canadien Justin Trudeau à un « leader visionnaire et icône du changement social ».
« Il a fait souffler un grand vent de modernité sur la société française et fait naître un immense espoir de dépassement et de rassemblement », a indiqué auprès de l’AFP François Bayrou, qui lui succéda à la tête de son parti UDF.
Les deux anciens présidents encore vivants lui ont également rendu hommage : Nicolas Sarkozy a salué « un homme qui a fait honneur à la France », et François Hollande un président « résolument européen », mais qui n’a « pas toujours été compris ».

Les auditeurs ont réagi au traitement éditorial de la disparition de Valéry Giscard d’Estaing. Selon leur sensibilité politique, ils pointent dans leurs messages une restitution de l’action de l’ancien président qui pèche par manque de fidélité à la réalité, avec des analyses adoptant un point de vue trop exclusif au détriment d’angles qui auraient mérité d’être davantage mis en avant. Ainsi des auditeurs jugent les commentaires sur l’héritage de sa présidence trop négatifs, quand d’autres estiment au contraire que l’on a versé dans un panégyrique débridé… N’est-ce pas là plutôt le signe d’un équilibre respecté ?

« Je suis très choquée de ce qui vient d’être dit sur VGE. Tout en négatif alors qu’il a beaucoup apporté à la modernisation de la société à l’époque. Pourtant je suis de gauche. Quand mes parents adoraient Giscard je le critiquais beaucoup. Mais en regardant l’histoire j’ai vu qu’il avait fait pas mal de choses. Même s’il a quelques casseroles, je pense qu’il faut dire aussi les choses qu’il a apportées à la société française. Et pourtant je n’ai jamais voté à droite sauf aux européennes pour Simone Veil parce que c’était une femme et que c’est une très grande dame. »

« Giscard a été un grand réformateur, personne ne peut le nier. »

« Honnêtement quand on écoute la radio ce matin parler de Giscard et de l’Europe, on se demande si nous sommes sur la même planète… une pluie d’éloges sur la « modernisation » alors que l’Europe telle que construite a surtout apporté dérégulations sociales, inégalités et compétitions entre pays. »

« Parmi ses « modernisations », n’oublions pas la brillante initiative consistant à introduire l’heure d’été, dont l’inutilité et même, pire, la nocivité et le coût n’ont pas tardé à se révéler. »

Certains ont découvert l’héritage de sa politique :

Monsieur Valéry Giscard d’Estaing.
Curieusement, je ne savais pas vous devoir autant. Née en 1959, tout compte fait je vous dois beaucoup alors je vous redonne ce que vous avez fait pour moi/nous : le droit au compte chèque, le droit à l’avortement, le droit de voter à 18 ans, le droit au divorce par consentement mutuel… Vous apprécier, difficile pour moi, mais comme vous avez agi, je déposerai sur votre tombe, virtuellement, un bouquet d’immortelles”

Des auditeurs n’ont pas apprécié l’évocation de certains épisodes de la vie de l’ancien président tels que l’ouverture d’une enquête pour agression sexuelle, après la plainte d’une journaliste allemande, qui ternit la fin de son existence :

« Lamentable ! « La main aux fesses » à l’occasion du décès de VGE, à la fois un manque de pudeur et d’élégance, mais aussi une erreur historique car VGE est celui qui a fait sans doute le plus pour la libération de la femme : contraception, droit à l’avortement, droit d’initiative pour divorcer, droit autonome d’ouvrir un compte bancaire etc. Je n’étais pas fan de VGE mais je lui suis reconnaissant d’avoir ouvert aux femmes le droit de maîtriser leur natalité. »

Des auditeurs ont estimé que diffuser des extraits de sketch imitant l’ancien président était prématuré :

« A l’écoute de l’hommage à Valery Giscard d’Estaing ce midi, je trouve déplacé d’y inclure le sketch Desproges/Le Luron que je trouve par ailleurs très drôle. Sans déférence servile mais avec respect pour la personne disparue, n’aurait-on pas pu attendre… demain peut-être ? »

Il est reproché d’avoir entendu trop de voix masculines pour évoquer le disparu :

« Durant une heure se sont succédées des personnalités, toutes des hommes, rappelant aux femmes toutes les avancées les concernant durant son septennat. S’il vous plaît veillez à la mixité de vos témoins comme vous veillez à la mixité de vos journalistes, et rappelez-vous que lorsqu’on parle divorce, IVG, égalité… On doit s’adresser à toute la population. Ne parler qu’aux femmes de ces sujets est paternaliste et condescendant et nourrit encore ces inégalités qu’on croit dénoncer ! »

Enfin un auditeur considère que la couverture est restée raisonnable :

« Merci pour le traitement équilibré sur l’antenne de France Inter du décès du Président Valéry Giscard d’Estaing. Après les excès à la mort de Johnny et de Jacques Chirac, cela fait du bien… »

Le fil d’Ariane dans le labyrinthe de la loi « sécurité globale »

Depuis le lancement de la proposition de loi « sécurité globale » jusqu’à l’annonce de la réécriture « complète » de son article 24, le plus controversé, le déroulé de cette crise politique majeure n’en finit pas, au point que, des auditeurs se disent perdus dans cet enchaînement de faits, cette succession de manifestations, de prises de paroles de citoyens et de politiques de tous bords. Perdus dans cette actualité effrénée, très dense incontestablement.

Si le fil de cette actualité amorcée il y a tout juste un mois échappe à certains – nous vous proposons ici de revenir sur les différentes étapes de cette séquence – d’autres nous écrivent que c’est plutôt son traitement éditorial qui se soustrait à leur compréhension, voire suscite leur indignation ou une certaine forme d’exaspération résignée. Cette semaine, ils sont nombreux à nous l’écrire :

« Je me présente comme un simple auditeur, militant d’aucun parti politique et d’orientation modérée, détestant les extrêmes. Depuis de longues semaines je suis scandalisé par la façon dont les chaînes publiques traitent l’information avec, d’évidence, essentiellement la recherche du sensationnel toujours parfaitement orienté vers les idéologies gauchisantes. Je pourrais citer des centaines d’exemples, je ne prends dans cet espace que ces derniers jours qui ont pour moi valeur d’exemple: tous les journaux ou presque nous parlent du fameux article 24 d’une loi dont vous n’avez jamais défini ni le contenu ni l’objectif… cet article 24 est, dans la bouche de tous les présentateurs, l’abomination des abominations….jamais vous n’avez lu son contenu, jamais vous n’avez dit que d’après un sondage IFOP 65% des Français y étaient favorables… Sur la manifestation d’hier (28 novembre) vous parlez d’incidents à tous les flashs de ce matin alors que des images montrées par toutes les chaînes de télé montrent un lynchage d’un policier et plusieurs incendies dont certains graves. Jamais je n’ai entendu parler ce matin des 98 policiers blessés… Autre étonnement de ma part : vous citez le chiffre de 500 000 manifestants d’hier comme aussi crédible que celui des 130 000 cité par la préfecture de police… (vous savez que tous les comptages officiels ont toujours confirmé le chiffre des autorités)… Parler de violences commises par des policiers est tout à fait légitime, pourquoi ne jamais citer ou parler des violences des manifestants ? Vous n’avez pas assez de mots pour vous plaindre de la baisse de confiance des français en leurs institutions…c’est un auditeur déçu qui vous écrit. »

Cet auditeur estime que : « tous les journaux ou presque nous parlent du fameux article 24 d’une loi dont vous n’avez jamais défini ni le contenu ni l’objectif. »

Rappelons que le 4 novembre 2020 dernier, les députés engagent en commission l’examen d’une proposition de loi sur la « sécurité globale » qui prévoit, notamment, de pénaliser l’usage « malveillant » d’images des forces de l’ordre. Ce texte propose une batterie de mesures pour consolider les polices municipales et le secteur de la sécurité privée.
Il entend aussi dans son article 24 « prohibe(r) l’usage malveillant » de l’image « ou tout autre élément d’identification » des policiers et gendarmes en intervention. Un tel usage serait punissable d’un an de prison et 45.000 euros d’amende.

A l’instar de l’auditeur précédemment cité, d’autres auditeurs réagissent, déplorant également le traitement journalistique lacunaire de cette loi :

« Vous n’évoquez quasiment que l’article 24. Je comprends très bien qu’en tant que journalistes vous êtes directement concernés. Mais je vous en prie, ne tombez pas dans le piège de la majorité des médias en étant partisans. Parlez aussi des articles 1 à 6 et 20 à 22 qui posent aussi problèmes. Ces articles aussi sont dangereux pour les citoyens. Évoquez-les pour que les auditeurs en prennent conscience. Libre à eux ensuite de les accepter ou pas. »

« Arrêtez de focaliser sur le seul article 24 ! Et les drones ? Et l’ouverture vers la reconnaissance faciale ? Et le port d’armes ? Et les modifications d’équilibre dans la police municipale et la sécurité privée ! »

« Etant une citoyenne lambda, défendant les droits des citoyens français, je suis énervée d’entendre depuis le début de la sortie de cette proposition de loi sur la sécurité, que les journalistes qui je le précise sont mes amis, ne mettent en avant dans cette proposition de loi, que l’article 24, les concernant. »

Michel Zecler, producteur noir passé à tabac

Le 26 novembre, la diffusion sur les réseaux sociaux d’une vidéo montrant le tabassage à Paris par des policiers de Michel Zecler, un producteur de musique noir, suscite émoi et colère. La séquence est largement développée sur les antennes et suscite cette semaine des questions des auditeurs :

« Je suis choquée d’entendre la victime de l’agression appelée seulement par son prénom « Michel ». Cette personne n’est pas un enfant et elle a un nom et droit à un minimum de respect. »

« Pourriez-vous appeler la victime par son identité complète ? Il s’appelle Michel Zecler, M. Zecler. « Michel » ne représente qu’une partie de son identité, vous n’êtes pas des proches de cette victime, respectez-la ! Merci pour lui, merci pour nous, ne banalisons pas, n’infantilisons pas… »

« Je ne comprends pas pourquoi systématiquement la profession de cette personne est précisée : « le producteur de musique tabassé… » lorsque ce fait divers est abordé par les différentes antennes ? J’aimerai savoir ce que cela apporte à la compréhension de cette affaire ? Est-ce à dire que selon la profession exercée, les journalistes relatent différemment leur sujet ?

« Pourquoi à chaque fois dire « un producteur de musique a été agressé » ? C’est plus grave que s’il avait été notaire, plombier ou chômeur ? Autant il peut être utile de préciser que la victime est noire, étant donné le possible caractère raciste de cette affaire, autant souligner sa profession n’a aucun intérêt. Préciser que Samuel Paty était enseignant et le père Hamel prêtre est indispensable pour comprendre leur assassinat, préciser (et pas seulement une fois en passant, mais systématiquement) la profession de Michel Zecler, pourquoi ? »

Demain, dans le rendez-vous de la médiatrice Matthieu Mondoloni, directeur adjoint de la rédaction de Franceinfo revient sur ces différents points soulevés par les auditeurs. Il leur répond à 11h51.

Dans le cadre de cette affaire, Gérald Darmanin reconnaît « des violences inacceptables ». Les quatre policiers sont mis en examen et deux d’entre eux écroués dans la nuit du 29 au 30 novembre.
L’avocate de Michel Zecler, Hafida El Ali, jointe par Franceinfo, se dit « satisfaite » ce lundi des quatre mises en examen « parfaitement justifiées » et du placement en détention provisoire pour deux des policiers soupçonnés d’avoir passé à tabac ce producteur de musique. Ce dernier est « très soulagé » également, car sans « les images de vidéosurveillance » et « sans les interventions diverses », il « serait actuellement en détention », a indiqué l’avocate. Certains syndicats ont déploré ces violences policières, d’autres, comme Unité SGP-Police jugent sur Franceinfo « extrêmement dure » la mise en détention de deux policiers.

Me Hafida El Ali représente également l’ensemble des neuf jeunes présents ce soir-là dans les locaux et qui vont se constituer parties civiles pour accéder au dossier. A propos de ces jeunes, un auditeur s’interroge :

« Pourquoi personne dont vous, Franceinfo, ne parlez des jeunes du studio dans le lynchage de Michel ? Ces policiers agressent un homme, le lynchent !! Nous pouvons dire maintenant que c’est en plus un acte raciste vu qu’ils sont poursuivis pour ça dans les chefs d’accusations !! Et les jeunes ?? Ils n’ont rien fait, se font agresser et personne n’en parle !! Je ne comprends pas. Pourquoi ce silence vis à vis des jeunes !! En plus avec cette dernière vidéo ! »

Matthieu Mondoloni, directeur adjoint de la rédaction de Franceinfo, répondra également à cette question demain dans le rendez-vous de la médiatrice à 11h51.

Pour sa part, le président Emmanuel Macron a dénoncé sur Facebook « des images qui nous font honte » et demande au gouvernement des propositions rapides pour rétablir la confiance entre les Français et la police.

« Marche des libertés »

Samedi dernier, le 28 novembre, une « marche des libertés » rassemble 133 000 à 500 000 personnes en France (selon les sources) et est émaillée de violences contre les policiers. Lors de la manifestation parisienne, un collaborateur de l’AFP, le photographe syrien Ameer al-Halbi, est grièvement blessé. Une enquête est ouverte et confiée à l’IGPN.
Réactions d’auditeurs :

« Pourquoi au journal mettre directement l’accent sur les casseurs qui – vous le dites-vous même – brouillent le message, que vous brouillez par la même occasion ? Vous êtes aussi responsable de la récupération politique de cette violence exercée par une toute petite minorité et vous décidez de ne finalement pas parler de ce formidable élan démocratique, pacifiste et largement majoritaire qui réclament des changements. »

« Je suis réellement outré, scandalisé par le traitement que votre journaliste a fait des rassemblements contre la loi « sécurité globale ». Elle a parlé immédiatement des casseurs sans rien dire de la manifestation en elle-même, du nombre impressionnant de gens, de la jeunesse et du fait qu’un journaliste syrien a probablement été victime de violence policière. »

« Je voudrais vous livrer une réflexion concernant le traitement de l’information sur les violences policières. Celles-ci sont intolérables, salissent la profession et pénalisent en premier lieu l’immense majorité de leurs collègues qui font leur travail correctement, dans le respect des règles et, je pense, dans des conditions souvent particulièrement difficiles. Il faut bien sûr lutter contre ces violences ; mais je m’étonne que l’on fasse autant pour traiter cette information (à juste titre) et que l’on ne fasse pas autant pour évoquer les violences physiques et verbales auxquelles sont confrontés les policiers. L’information doit être neutre. Des reportages sur les violences policières, bien sûr, les faire cesser évidemment ; mais faire aussi des reportages à des heures de grande écoute sur la façon dont sont traités les policiers. Je précise que je ne travaille pas dans la police. »

Précisons aux auditeurs que ce sujet a notamment été traité sur France Inter et Franceinfo, à retrouver ici.

Coronavirus : le masque obligatoire dès le primaire

Depuis le second confinement, dans les établissements scolaires le port du masque a été étendu au primaire. Jean Castex avait justifié cette décision, devant l’Assemblée nationale, par un avis du Haut-conseil de santé publique.

Dans la communauté scientifique, la contagiosité des enfants continue de faire débat. « Même s’ils sont moins contagieux que des gens de 14 ans et des adultes – ce qui n’est pas si clair -, comme ils ont beaucoup de contacts avec leurs camarades et avec les adultes, moins contagieux ne veut pas dire qu’il n’y a pas de cas », a déclaré à l’AFP l’épidémiologiste Dominique Costagliola. Au-delà de la question de la contamination possible, les auditeurs s’interrogent sur le port du masque obligatoire pour les enfants dans le primaire et ses conséquences sur leur équilibre psychique, affectif, social et scolaire, un débat, écrivent-ils, absent des antennes :

« La question de l’obligation du port du masque pour les enfants de 6 à 11 ans semble clairement oubliée. Nous vous serions reconnaissants de faire écho à notre voix et de nous aider à mettre en lumière ce sujet, grand oublié des débats »

« Il y a des victimes des dommages collatéraux qui sont largement absentes de la couverture médiatique, je veux parler des enfants. Ces derniers devraient constituer notre première préoccupation et sont en réalité les plus grandes victimes de la période actuelle. Au protocole sanitaire de distanciation sociale et d’hygiène des mains en vigueur depuis le mois de juin a été rajouté le port du masque pour les enfants de 6 à 11 ans depuis le 2 novembre dans toutes les écoles élémentaires de France. Cette décision est pour moi une attaque grave au bon développement des enfants, ainsi qu’à leur équilibre psychique et affectif. Je ne suis pas le seul à penser ainsi. De nombreux professionnels de la santé pédiatrique et de la petite enfance alertent sur ce point mais n’ont pas la couverture médiatique suffisante pour que le débat émerge. »

« Je me tourne vers vous car je suis dans le désarroi le plus total. Je m’adresse à vous car je vous écoute tous les jours et si quelqu’un peut en parler c’est vous. Cette problématique est passée sous silence. De nombreux médecins et autres personnes « sachantes » alertent sur les dangers dans le développement physique, psychique et moral de nos enfants. »

Indiquons aux auditeurs que ce sujet a été traité sur plusieurs antennes : France Bleu, France Inter et Franceinfo, les reportages et chroniques sont à retrouver ici.

Lieux de culte aux oubliettes ?

Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a dévoilé mercredi soir la nouvelle jauge « établie » après consultation des différents cultes pour définir le nombre de personnes désormais autorisées à assister aux cérémonies religieuses.
« De manière à concilier liberté d’exercice du culte et mesures sanitaires, une nouvelle jauge prévoit de laisser libres deux sièges entre chaque personne ou entité familiale et de n’occuper qu’une rangée sur deux », indique le ministre dans un communiqué.

Cette nouvelle jauge, qui s’appliquera jusqu’à la prochaine étape du déconfinement prévue le 15 décembre, fait suite à la décision du Conseil d’Etat qui avait retoqué dimanche une précédente limitation gouvernementale à 30 personnes par édifice religieux. Les auditeurs s’étonnent de n’entendre parler que des églises lors du traitement de cette actualité sur les antennes :

« Il est question de la jauge dans les lieux de culte, on ne nomme que les églises et pas tous les lieux de cultes, temples, synagogues, mosquées et c’est insupportable. Merci de nous confirmer que nous ne sommes pas dans une république catholique. »

« Pourquoi n’évoque-t-on pas cette jauge dans les autres lieux de culte ? »

« J’entends comme information que le nombre de fidèles dans les églises de 30 n’est pas accepté. Nous sommes en république et vous êtes un service public alors que se passe-t-il dans les temples, les mosquées et les synagogues ? »

« Il faut parler des églises autant que des mosquées. Des synagogues. Des temples… Et je suis athée et laïque ! »

Rappelons que l’épiscopat catholique a saisi vendredi dernier le Conseil d’Etat sur le décret du gouvernement limitant le nombre de fidèles lors des offices religieux à 30 personnes. Les offices avaient auparavant été suspendus pendant près de quatre semaines. Ceux qui sont donc initialement montés au créneau pour dénoncer la jauge limitée à 30 personnes par lieu de culte sont les catholiques. Ce point peut être un début d’explication pour justifier que les églises aient été à ce point évoquées dans les journaux d’informations. Ce qui n’exonère en rien l’absence de mention des autres lieux de culte, qui sont tout autant au centre des réflexions menées depuis plusieurs jours sur le sujet.

Le Conseil d’Etat, saisi par des associations catholiques, avait jugé cette jauge « disproportionnée » et donné trois jours au gouvernement pour revoir sa copie.
Réagissant à l’annonce du ministère, la Conférence des évêques a estimé la nouvelle jauge « proportionnée à la capacité d’accueil des édifices » et « applicable » en dépit de son caractère « contraignant ».

Interrogée, la Fédération protestante de France a affirmé qu’elle allait « se satisfaire » de la proposition des 6m2 par fidèle. Tout comme le Conseil français du culte musulman, qui a recommandé à ses fédérations de mosquées d’attendre le 15 décembre avant de reprendre les prières du vendredi.
Cependant, la Mosquée de Paris a annoncé hier la reprise des prières à partir de demain, samedi, après la publication au Journal officiel de la nouvelle jauge pour l’accueil du public dans les lieux de culte.

Enfin, au sujet de la couverture éditoriale du culte catholique, un autre aspect est évoqué par des auditeurs et une demande est formulée : ne pas limiter géographiquement les catholiques à la ville de Versailles.

« Vous serait-il possible quand vous souhaitez interviewer des catholiques d’aller ailleurs qu’à Versailles ? Les cathos ne se résument pas aux « versaillais » il y a des cathos de gauche, des cathos qui accueillent, qui aident, qui luttent même contre les violences policières et qui trouvent leur force en priant dans des églises. Bref le monde catholique et à l’image de la France : pluriel. »

« Peut-être avez-vous à France Bleu des relais en province qui, pour illustrer le sujet, sauront aller voir des chrétiens au profil moins stéréotypé, et reviendront avec des témoignages différents de ceux qu’on s’attend à entendre et, in fine, nous apprendront des choses. »

Pas touche à une institution !

« Le Jeu des 1000 euros » c’est sérieux et de l’autre côté du poste on ne mégote pas avec le cadre strict et habituel du jeu.

L’émission n’a pas échappé à quelques perturbations entraînées par la crise sanitaire. Lors du premier confinement, la diffusion du jeu a été interrompue du 16 au 27 mars. Les auditeurs avaient alors massivement écrit pour réclamer le retour à l’antenne de cette émission culte, nous avions alors relayé cette demande et très rapidement la direction de France Inter relançait la diffusion avec des enregistrements récents ou restés non diffusés.

Les enregistrements en public sont restés suspendus jusqu’à la fin de l’été puis de nouveau interrompus à partir du 30 octobre en raison des mesures prises dans le cadre du deuxième confinement. Tout au long du mois de novembre, des émissions ont été rediffusées et depuis lundi dernier, il est proposé de s’inscrire en ligne pour participer au jeu en direct, au téléphone. Une nouvelle règle du jeu imposée par la situation sanitaire peu du goût de certains auditeurs qui préfèreraient la rediffusion d’anciennes émissions :

« Grande nouveauté, les candidats répondent aux questions du jeu des 1000 € depuis leur domicile ! Personne ne peut s’assurer qu’ils ne trouvent pas les réponses sur leur ordinateur. J’ai tenté l’expérience aujourd’hui même, on dispose sans problème du temps nécessaire. Le mieux consiste à continuer de « piocher » parmi les milliers d’émissions passées, en sélectionnant les plus intéressantes. »

« Je pense que votre émission en ligne n’a aucun sens dans la mesure où tricher est un jeu d’enfant. »

« Je comprends vos raisons de faire jouer à distance, mais à mon avis, le jeu perd son âme et devient banal. Ce jeu ne vit pas (seulement) des questions et des réponses, mais des voyages en France, dans ses villages et campagnes. Sans cet aspect, le jeu ressemble à tous les autres jeux, et n’a plus aucun intérêt. »

Nicolas Stoufflet, le producteur de l’émission, a pris connaissance des remarques des auditeurs, très soucieux que personne ne triche au cours du jeu. Voici sa réponse : « Les candidats jurent sur l’honneur de ne pas tricher et nous avons pleinement confiance. D’ailleurs, vous constatez qu’ils ne gagnent pas plus fréquemment que d’habitude. Par ailleurs, rappelons que tous les rassemblements sont actuellement interdits. Nous reprendrons la route dès que la situation et les consignes nous le permettront. »

« If you love me let me know »

Melody Gardot et l’Orchestre Philharmonique de Radio France : coup de cœur des auditeurs cette semaine.

Après « Birkin/Gainsbourg le Symphonique » en 2017 ou encore « Ed Banger Symphonie » en 2019, France Inter et les formations musicales de Radio France ont enrichi cette semaine la collection des « Symphoniques Pop », ces « rencontres artistiques qui décloisonnent les esthétiques musicales et inventent de nouveaux langages communs ».
Mercredi, en début de soirée, le Studio 104 était l’écrin d’un concert inédit, en direct sur la chaîne qui, en cette période difficile, soutient ardemment les artistes. Sur scène, Melody Gardot, la plus française des jazzwomen américaines était accompagnée par l’Orchestre Philharmonique de Radio France sous la direction de Dylan Corley. Tous ces artistes, ces musiciens ont offert aux auditeurs une parenthèse d’harmonie, « de douceur », l’affirmation que l’élégance sensible demeure et vibre en ce début de mois de décembre confiné :

« Je suis sur mon lit d’hôpital et j’écoute ce concert divin de Melody Gardot, en intimité avec l’Orchestre Philarmonique de Radio France. La musique m’envahit et prend la place des douleurs. Merci à vous toutes et tous, artistes, initiateurs du projet… »

« C’était beau et magique… Seule dans mon salon, casque sur les oreilles… Grand moment d’émotion dans cette période bizarre qui dure depuis trop longtemps ! »

« J’ai adoré, elle était très émue d’être là avec ses musiciens, elle a versé une larme et remercié tout le monde, comme l’impression que le contexte lui pèse beaucoup. Merci Melody, vous nous avez fait passer un merveilleux moment ! »

« Merci de tout cœur ! c’était un moment de grâce, une parenthèse vibrante de douceur, de sensualité. »

« Ecrire pour ne pas mourir »

« A tout seigneur tout honneur », à toute poétesse traitement d’altesse. Nous terminerons cet édito en évoquant celle qui a suscité le plus de messages cette semaine : Anne Sylvestre. La chanteuse, aux œuvres féministes souvent éclipsées par ses contes musicaux pour enfants, est décédée lundi à l’âge de 86 ans, « des suites d’un AVC”. Connue principalement pour ses « fabulettes » pour enfants – qui lui valent d’avoir laissé son nom à des écoles -, son répertoire est également riche de chansons plus engagées, comme « Non, tu n’as pas de nom » (1973), sur l’avortement, deux ans avant la loi Veil. Les antennes ont largement rendu hommage à l’artiste, tout comme les auditeurs très touchés par cette disparition, nous avons reçu des centaines de messages :

« C’est comme une douce écharpe qui s’en va, qui nous protégeait du froid et des bêtises. On savait que quelqu’un allait dire tout haut ce que l’on pense, allait s’offusquer de l’injustice et de tant d’autres choses. »

« Je suis anéantie, elle va me manquer. Pour moi, elle était le dictionnaire des mots qui nous touchent. »

« Je trouve qu’on ne dit pas assez qu’elle était surtout une poétesse incomparable, une parolière formidable. Pas seulement les fabulettes, que j’apprenais à la maternelle en 1962, mais aussi toutes ses autres chansons écrites depuis, innombrables, dont certaines féministes, mais aussi d’inspiration diverses : l’odeur de Paris, faire un créneau, les amours après 50 ans, la vieillesse, un lac du Canada, la maladie, les mots et l’écriture, les cathédrales, la Seine, le doute »

« Au revoir »

Battu à la présidentielle par François Mitterrand, Valéry Giscard d’Estaing adresse neuf jours plus tard un message de départ aux Français, diffusé au journal télévisé d’Antenne 2. Le président conclut les 7 minutes de discours, de 7 années au pouvoir, par cette phrase : « Je souhaite que la providence veille sur la France pour son bonheur, pour son bien et pour sa grandeur ». S’écoulent huit longues secondes mutiques puis, tombe comme un couperet, l’étonnant et guttural « Au revoir ». Valéry Giscard d’Estaing se lève, tourne le dos aux spectateurs et parcourt huit mètres dans le silence, avant de sortir du champ de la caméra. Séquence sépulcrale auréolée d’un plan fixe d’une minute (!) sur une chaise vide, un bouquet de fleurs, deux feuilles et un micro posés sur un bureau. Déconcertant et sobre. Culte.

Cet « Au revoir » cache une énorme blessure selon Jean-Louis Borloo. « Quand j’apprends, ce que je respecte infiniment, que les funérailles se feront dans la plus grande intimité, cet ‘au revoir’ est toujours-là. Lui et son équipe à l’époque ont cru faire tout ce qu’il fallait, mais cela n’a pas suffi parce que la volonté de gauche était trop forte. Il a pensé que c’était un désaveu de tout ce qu’il avait fait. Cette blessure n’est pas refermée y compris au dernier moment », a expliqué l’ancien ministre hier, sur Franceinfo.

« Au revoir » est aussi le titre d’une chanson d’Anne Sylvestre, écrite comme un poème qui, en écho, accompagne ces deux disparitions :

« Ils ferment la porte en donnant la clé
S’il faut que l’on sorte, on pourra rentrer
Et par la fenêtre ils agitent le mouchoir
Qu’est-ce que ça peut être
Que ces mots ni blancs ni noirs
Tu voudrais bien le savoir
Ils font un sourire en tournant le dos
Mais on peut les dire sans s’éloigner trop
Ils font de la peine mais ils font pourtant plaisir
Veulent que tu reviennes mais en te laissant partir
Aller, je vais te le dire :
« Ils font les bagages, mais rien qu’à moitié
Partent en voyage en voulant rester
Ils prennent la route en se retournant souvent
Ils disent sans doute ce que je dis maintenant
Ce que je dis en te quittant »
Au revoir, au revoir, ça sera bien de se revoir
Au revoir, au revoir, très bientôt j’en ai l’espoir, au revoir. »
Anne Sylvestre

Emmanuelle Daviet
​​​​​​​Médiatrice des antennes